BABOU m’attendait dans le pré, et un peu plus loin je pouvais apercevoir un autre cheval et une ânesse. Ca ne pouvait être que Zappaco et Pimpin et à mon approche elle est venue vers moi et m’a dit :

C’est mon petit et ma compagne, ils t’attendent aussi, ils ont aussi compris que c’est ce matin que vous allez tous m’accompagner jusqu’au pont des fleurs et je sais qu’ils sont contents pour moi. Ils savent qu’ici ce n’est plus ma place et que je dois partir au jardin des animaux pour me reposer et me ressourcer. Cela fait trop longtemps que mon âme est en errance, mais sa souffrance et sa culpabilité m’ont empêchée de partir.

Dis-lui qu’elle ne doit surtout pas s’en vouloir, dis-lui de ne pas avoir de regrets et surtout dis-lui qu’elle a fait le bon choix de m’aider à partir. J’étais sur mon chemin et je préparais mon départ depuis un petit moment. J’étais prête depuis quelques semaines déjà. Cet accident a un peu précipité cette décision, et le choc a été brutal pour elle. Mais moi j’étais prête et déjà plus dans mon corps lorsqu’elle m’as trouvée au sol le matin. C’était un accident que je sois tombé et en même temps ça n’en était pas un.

Pour toi et Lily la séparation était trop cruelle et de devoir faire ce choix alors que j’étais encore debout sur mes 4 pattes était impossible pour toi. Cette chute était pour moi et pour toi la solution sage et raisonnable, faite avec amour car je sais combien mon départ t’est difficile. Ne te torture pas l’esprit, ta grande souffrance me fait beaucoup de peine et m’empêche de rejoindre le pont des fleurs.

C’était le moment pour moi, et si tu n’es pas venue me voir cette nuit pour vérifier si tout allait bien pour moi, c’est parce que je ne le voulais pas et là-haut ils ont respecté mon souhait et l’univers a fait ce qui était juste pour moi et pour toi.

Lorsqu’on est appelé de l’autre côté du voile, il se passe des choses très subtiles entre l’âme et le créateur et personne ne peut s’interposer ou imposer sa volonté, il faut l’accepter en toute conscience pour ne pas trop en souffrir.

Tu as raison BABOU, je le sais tout ça et je suis ici aujourd’hui pour t’aider à faire le passage, pour te libérer mais je dois avant te donner un grand message d’amour de ta gardienne :

Babou ma Belle,

Tu es  arrivée chez nous à l’âge de 15 ans. Patrick (mon mari) voulait m’offrir un cheval pour mes  40 ans (j’en avais 37 à l’époque..). Les chevaux ont toujours été une passion pour moi mais je n’avais jamais imaginé en avoir à la maison !! Il a en quelque sorte entrouvert une porte dans laquelle je me suis engouffrée. En discutant de cela  au travail, ta première gardienne m’a aussitôt proposé de te reprendre car elle n’avait plus le temps de s’occuper de toi correctement ayant des enfants en bas âge..

Tu es donc arrivée chez nous ! Tu étais une jument très vive, un vrai bouillon d’énergie. Tu t’es malheureusement  avérée  très craintive en extérieur venant  ainsi rendre bien compliqué l’objectif  premier que j’avais avec toi, de longues balades paisibles dans les bois… Si ma connaissance du cheval et de l’équitation avait été  plus approfondie à l’époque je pense que mon choix ne se serait pas arrêté sur un cheval aussi fougueux !

Au bout d’une année de chevauchées toujours aussi effrénées et dangereuses pour l’une comme pour l’autre j’ai fini par demander conseil à une personne pratiquant l’équitation dite « éthologique », qui m’a dit que le lien de confiance entre nous  n’était pas établi..

Plus de mors, plus de fers, un travail de longue haleine et de patience nous ont permis finalement de pouvoir repartir seules en extérieur sans même un mors dans la bouche.. Ooh !  le caractère impétueux était toujours là, les sorties encore mouvementées  parfois  mais on se connaissait bien mieux toi et moi et on arrivait à mieux gérer.. C’est avec toi également que Lily, ma fille, a appris (en parallèle de l’équitation classique), cette approche bien différente, plus respectueuse.

Les années passant on a commencé à penser à ta retraite et autre cheval est entré dans la famille : petit Zappaco,  avec qui petit à petit nous avons pu partir en balades (toi plus âgée avec ma petite Lily sur le dos et lui tout jeune et débutant avec moi).

De belles années encore à partir à 4.

Tu as été un peu la maman d’adoption de Zappaco, sa relation avec toi était fusionnelle et il ne pouvait se passer de toi.. Comme toi tu ne pouvais te passer de Pimpin (Pimpin notre ânesse que nous avons également recueillie  car abandonnée au fond de son pré). Elle a été ta compagne dès ton arrivée chez nous) .

La vie a été douce pendant de nombreuses années.

Puis les problèmes de santé des uns et des autres sont venus un peu compliquer les choses.

Dernièrement, la maladie de Cushing t’avait bien affaiblie. Malgré le traitement qui a régulé cette maladie tu restais fragile et bien amaigrie et le vétérinaire était bien inquiet sur ta capacité à passer l’hiver. Nous avons ainsi tout mis en œuvre pour que les besoins  spécifiques  de chacun de vous 3 soient respectés au mieux : ration alimentaire, abri, interaction sociale .. Pour cela, parcs  et abri séparés certains temps dans la journée (Tes compagnons trop gourmands avaient tendance sinon à te «piquer » ta ration..), ouverts  à d’autres pour que vous restiez en contact.

Ces 2  derniers mois, la gestion de tout ce petit monde a occupé l’essentiel de mon temps. Mais ces 2 derniers mois nous ont également permis de passer toi et moi  tellement de moments ensembles. Lorsque j’arrivais tu m’accueillais avec ton doux ronflement et ton doux regard.. Tu me suivais partout, rentrant dans ton abri lorsque je le nettoyais, me suivant dehors moi et ma brouette lorsque je sortais le fumier, fouillant dans le seau de grain que je te portais..

Jusqu’à cette terrible nuit qui restera gravée dans ma mémoire et dont le souvenir me fait encore si mal.

Ce soir-là la météo annonçait un vent extrêmement violent. Les ouvertures entre les abris entrainaient un fort courant d’air. Ne pas fermer la porte de ton abri était vous exposer à ces forts courants d’air.  J’ai longtemps hésité : fermer, ouvrir, fermer, ouvrir.. Je ne savais quelle était la meilleure solution. J’ai finalement opté pour la fermeture de ta porte. Pour moi tu serais à l’abri du vent  et ton abri communiquait par une fenêtre avec celui de Zappaco et Pimpin (abri que j’avais, lui, laissé ouvert car j’avais peur que Zappaco ne défonce tout pour sortir…). Je pensais qu’ils allaient rester vers toi …

Durant la nuit je me suis réveillée à plusieurs reprises et j’ai entendu ce maudit vent .. mais j’étais tellement persuadée que tu étais à l’abri que je ne suis pas venue voir si tout allait bien (comme cela m’étais arrivé de le faire certaines nuits..). je ne me suis pas inquiétée..

A 6h30, comme d’habitude, je suis venue t’ouvrir..

Je t’ai retrouvée au sol. Tu ne parvenais plus à te relever .. je suis allée chercher notre voisin et nous avons essayé de te relever à  4 : lui, patrick, lily et moi.. sans succès..

J’ai appelé le vétérinaire qui te connaissait bien. Il est arrivé un peu plus tard.

Pour lui te relever serait te relever de façon artificielle ( poulie, tracteur, sans aucune garantie que tu ne tiennes debout et avec le risque que tu ne retombes un peu plus tard ..).

Il m’a remémoré nos  conversations antérieures au cours desquelles il avait déjà manifesté sa forte inquiétude quant à ton état.. Il m’a dit que c’était là « l’occasion » même s’il n’aimait pas ce mot, de t’aider à partir dans des conditions relativement «  correctes », qu’il n’avait pas choisi ce métier pour pratiquer des euthanasies et qu’il refusait régulièrement d’en faire lorsque cela n’était pas justifié..

Tu semblais épuisée, ton cœur battait très vite, ton sang était mal oxygéné, tu soufflais.. Il nous a dit que tu étais en souffrance..

Il fallait décider..

Alors on a décidé, la mort dans l’âme de t’aider à partir…

On est restées Lily et moi jusqu’à ton dernier souffle, à te parler, à te caresser..

Et tu es partie..

Pendant les jours et les nuits qui ont suivis  je suis retournée maintes et maintes fois dans ce maudit abri, essayant de comprendre ce qu’il s’était passé, comment tu étais tombée .  j’ai  imaginé ta peur, ta solitude dans l’obscurité avec ce bruit du vent .. Combien de temps a duré ta lutte ?

J’ai en boucles des images dans ma tête, des images de toi ma Belle essayant de sortir de cet abri pour rejoindre les 2 autres.. Tu es tombée près de la fenêtre entre les 2 abris .. Zappaco et Pimpin sont-ils restés près de toi ?

Les  jours qui ont suivi Zappaco a été très agité.. 

Je les ai ramenés dans l’autre pré  3 jours plus tard. Je m’attendais à ce que ce transfert que nous avons effectués à pied comme d’habitude, soit très agité..  Mais non, tout s’est fait dans un grand calme . Peut-être étais tu avec nous ?

En  arpentant le pré pour voir si tout était correct, je suis tombée sur des crins t’appartenant (à un endroit où je ne passe  pas habituellement). Ils étaient entremêlés avec de l’herbe et de la terre. Etait-ce un signe  de ta part ? Je les ai ramassés et les garde précieusement..

Ma Belle, ma Douce, tu m’as ouvert la voie d’une autre communication avec le cheval, d’une autre équitation, dans le respect et l’écoute..

Je vais essayer de poursuivre avec  Zappaco, même si cela est encore trop difficile pour l’instant. Je me dis que je dois être présente près de lui , lui qui doit également souffrir de ton absence..

Tu m’as accompagnée pendant tant d’années et ton absence et les conditions de ton départ sont tellement douloureuses..

Comme ton odeur, ton souffle, ton doux ronflement me manquent.. Comme je cherche des signes de toi partout ..

J’ai du mal à me défaire de ma culpabilité mais je ne veux pas non plus que cela empêche ton passage dans ce merveilleux monde de l’autre côté du pont que décrit Christiane. Il faut que je te laisse partir..

Qu’elle t’aide à passer le pont si ce n’est déjà fait . Franchis le avec tout l’Amour de notre famille. Rejoins notre petite Toupie que l’on a tant aimée aussi et qui t’accueillera peut-être là-haut.. Embrasse la pour nous..

Je t’aime fort et continuerai de t’aimer et de te faire vivre dans notre quotidien.

Peut-être nous reviendras-tu sous une autre forme ?

Va ma Belle, va ma Douce, envole toi ..

Merci  pour tout..

 Dis-lui merci pour ce merveilleux message témoin de notre grande complicité, de notre amour et respect mutuel. Je le connaissais son message, j’étais à ses côtés lorsqu’elle te l’a écrit et qu’elle pleurait, et sa détresse me faisait si mal.

J’ai répondu à ses questions puisque je connaissais le contenu et j’aimerais que tu lui dise que même si les débuts ont été difficiles à cause de moi, j’étais plutôt un cheval révolté et rebelle, on venait tout de même de m’abandonner et j’étais un peu laissé pour compte depuis quelque temps, alors que j’étais rempli d’énergie avec un gros besoin d’exercice, j’ai connu une vie remplie de joie et de bonheur avec elle et dans sa famille.

Elle est devenue ma gardienne, une vraie gardienne de cœur et nos âmes n’en faisaient plus qu’une. Notre relation est devenue fusionnelle avec une coopération sans égal. Nous ne faisions plus qu’un lorsqu’elle me montait et ce sont des souvenirs qui resteront toujours gravés à vie dans ses mémoires.

C’est un magnifique cadeau de son mari et l’univers nous l’a bien rendu. J’étais là et je lui ai ouvert les portes de l’amour inconditionnel et elle peut à présent avancer sur son chemin en toute sérénité, sans peur de ne pas être à la hauteur de ce que la vie attend d’elle.

Et puis est arrivé la petite et elle suit sa trace, je suis content pour mon petit protégé, mon petit garçon et Pimpin qui sont bien entourés. Ma présence dans votre entourage est inconfortable pour eux, ils peuvent encore me voir et savent que ma place est au paradis des animaux. Ils se sentiront mieux après mon passage et toi mon âme sœur aussi.

Même si depuis mon départ tu te sens amputée d’une partie de toi, tu pourras enfin commencer à faire ton travail de deuil et tu retrouveras la paix et l’harmonie dans ton corps et ton esprit. Nos âmes sont reliées à présent et le resteront, et tout comme toi, la mienne aspire à te revenir. Un passage là-haut est nécessaire pour me reposer et me ressourcer, je pourrai t’envoyer des petits signes, et lorsque tu te sentiras prête à me retrouver, je me mettrai sur ton chemin. C’est toi qui choisira et moi j’endosserai le costume qu’il te plaira.

Sois confiante, notre belle histoire d’amour n’est pas terminée et nous continuerons notre belle aventure et notre beau travail spirituel ensemble.

Merci pour tout ce que tu m’as apporté et merci à tous pour votre compassion et votre empathie.

Je suis prête maintenant à traverser le pont, je sais que Toupie m’attend de l’autre côté et qu’elle m’accompagnera dans ce haut-lieu magique.

Puis elle est venue à côté de moi et nous avons emprunté un chemin de lumière qui s’est ouvert à nous. Lorsque je me suis arrêtée elle a traversé le pont au petit trot rejoindre Toupie et d’autres chiens, chats et animaux, puis elle s’est noyée dans la vive lumière de l’escalier de l’arc en ciel.

Au revoir Babou « Amour du Crochet ». Repose et ressource-toi !