La rencontre avec Basile s’est faite sur un chemin très sec, aucune herbe, que des cailloux, il était assis et semblait m’attendre. Son regard triste, sans expression me regardait arriver vers lui, je me suis arrêtée à quelques mètres de lui pour respecter une distance convenable et ne pas entrer dans sa zone de confort. Me voyant hésiter, il s’est levé pour venir à moi et me dire :

Approche, je t’attendais, ne t’arrête pas. Je sais que c’est ma maman qui t’envoie à moi et je suis si heureux que tu sois là, tous les deux nous avons besoin de ton aide. Moi j’ai besoin qu’on m’accompagne au pont  des fleurs pour pouvoir enfin faire le passage et me reposer, me ressourcer, et elle a besoin de sentir que maintenant je suis monté au jardin des animaux, que je suis dans la lumière pour pouvoir enfin retrouver un peu de paix dans son cœur et son esprit et commencer son deuil. Tant que je reste là, sur ce chemin à attendre qu’on vienne me libérer, ou que je l’accompagne dans son quotidien, dans son environnement et que je m’accroche à elle, à eux, que je puise leur énergie, ce n’est bon ni pour eux ni pour moi, et ma chère et tendre petite maman va finir par tomber malade.

Il s’est arrêté de parler quelques instants et j’en ai profité pour me présenter et lui confirmer que c’était effectivement sa gardienne qui m’envoyait à lui pour lui donner des messages et des questions et qu’après notre échange je le guiderai jusqu’au pont des fleurs :

Les messages que j’aimerais lui passer sont : 

  • que je ne parviens pas à surmonter son départ : il me manque trop !
  • que je lui demande pardon de ne pas avoir été à la hauteur de ce qu’il était en droit d’attendre de moi pour sa fin de vie
  • que je l’aime plus que tout 
  • que lui et sa soeur ont été les soleils et les grands amours de ma vie 
  • que tous les jours sans exception je pense à lui et à sa soeur et que mon coeur saigne de leur absence
  • que j’aurais volontiers donné des années de ma vie pour lui, et pour sa soeur
  • que je ferai le nécessaire pour que ses cendres et celles de sa soeur soient mélangées avec les miennes après ma mort pour que nous soyons au moins réunis à ce moment là
  • que je souhaite qu’il soit heureux là où il doit aller car il a été le meilleur, le plus loyal, le plus fidèle, le plus aimant, le plus protecteur, le plus courageux compagnon qu’on puisse rêver : il a ma reconnaissance et ma gratitude éternelles pour tout ce qu’il a fait pour moi. 
  • que, grâce à lui et à sa sœur, j’ai pu traverser une partie de ma vie en toute sécurité car ils étaient là pour moi à chaque instant.
  • que je le remercie pour tout ainsi que sa sœur qu’il a elle aussi bien protégée.
  • que Je l’avais espéré presque éternel et aurais tellement voulu le garder aussi longtemps qu’il me reste à vivre.

 

Les questions :

  • Avons-nous eu raison de l’aider à partir ? Nous en veut-il de cette décision terrible que je n’assume toujours pas ? 
  • Quelqu’un l’a-t-il accueilli là bas ? si oui ; qui ?
  • A-t-il retrouvé des « connaissances » ?
  • Serons-nous réunis lorsque mon heure sera venue de partir ? et si oui sera-t-il là pour m’accueillir ?
  • Est-ce qu’il me pardonne d’avoir été défaillante à la fin de sa vie et d’avoir dit des mots qui n’étaient même pas dans ma pensée, d’avoir manqué de compréhension et d’empathie, de ne pas avoir été à la hauteur ?
  • Je l’ai affublé de tout un tas de petits noms d’amour : m’en veut-il de ce ridicule comportement ? mais c’était juste de l’amour de ma part …
  • Pourrait-il m’envoyer quelquefois de petits signes afin que je sache qu’il est toujours près de moi ?

Ce qui est très important également pour moi : Basile a-t-il des messages à me transmettre ? 

 

Puis après lui avoir lu le contenu, il m’a regardée droit dans les yeux, le regard de nouveau content, pétillant et m’a dit :

Elle n’est pas ma gardienne, elle était ma compagne, ma moitié et je me suis toujours considéré comme un petit prince, un petit roi et son privilégié. Nous étions très proches, très fusionnels et elle vivait à travers moi. A travers ma sœur aussi, mais c’était différent, c’était plus sa fifille, alors que moi je me sentais être son égal, son alter égo en quelque sorte. Son message me rend bien triste pour elle, et je suis si navré de la grande peine, de l’immense et terrible souffrance et détresse que mon départ lui inflige. Je sais qu’elle n’accepte pas mon départ, je sais qu’elle n’assume pas le choix de m’avoir aidé à partir, et toute cette culpabilité de pas avoir été à la hauteur crée des obstacles et me retient dans le bas-astral. Je ne me sens pas le droit de rejoindre ce haut-lieu paradisiaque alors qu’elle se trouve dans une effroyable peine et se torture l’esprit.

Dis-lui tout d’abord que moi aussi je l’aime très fort. Je la remercie pour son message d’amour et je sais que je lui manque, qu’elle ressent mon absence et qu’elle le vit avec des angoisses intenses qui la prennent jusqu’au fond de ses tripes et de son âme. Cela me fait beaucoup de peine pour elle alors que je ne souhaite que le meilleur pour elle, que son bonheur, et la voir rire et chanter.  Je sais qu’elle désire la même chose pour moi, mais pour cela elle se doit d’accepter que nul n’est éternel et que le moment était venu pour moi de tirer ma révérence parce que c’est la loi.

Je n’ai rien à lui pardonner, je n’ai vécu que des années merveilleuses à leurs côtés, des années de purs et grands bonheurs. Elle était toujours là pour moi, elle m’a toujours respecté, aimé et choyé comme son chéri, j’étais son amour et je sais qu’où que je sois je le resterai jusqu’à la fin de ses jours. Qu’elle ne doute pas, elle m’a toujours bien accompagné et ma fin de vie a été un peu plus compliqué à gérer, mais c’est normal, plus que normal. Elle n’était pas prête et de toute manière ne l’aurait jamais été.

Mais pour moi c’était le moment, j’étais sur mon chemin depuis l’entrée de l’hiver et je préparais ma transition à mon rythme. J’étais prêt et elle a pris la bonne décision, m’aidant à tirer ma révérence avec dignité. Je sais qu’on m’attend de l’autre côté, qu’on est prêt à me tendre les pattes et les mains, il y a ma sœur et bien d’autres congénères, mais il y a aussi des humains et une humaine (mère) en particulier. Ils sont là pour nous permettre à tous les deux de retrouver enfin un peu de paix et de quiétude, et surtout pour me permettre de monter me réparer.

Dis-lui que je n’ai rien à lui pardonner, elle m’a tout donné, de l’amour, des soins et surtout a toujours été proche de moi. Nous ne faisions qu’un et les mots qu’elle regrette, je ne les ai même pas entendu. J’étais déjà pour la plupart du temps dans mon corps astral pour mieux gérer et supporter mon état et tous les bobos dus à l’âge, et ce qu’elle a pu me dire et regrette aujourd’hui n’a pas été enregistré et même si je l’avais entendu, je sais que notre amour était au-dessus de telles pensées. Par contre ses petits mots d’amour, j’ai beaucoup aimé et je n’ai jamais eu la moindre pensée que ça puisse être ridicule, cela lui faisait du bien de me le dire et donc me faisait du bien aussi. Et nous aimions tous en rire.

Dis-lui que j’étais là pour lui permettre à travers moi, tout en me chérissant, de se reconnecter à sa source, à son petit enfant intérieur et l’aider à panser toutes les blessures du passé. Elle se sent souvent seule et triste, elle a des états d’âme et c’est difficile pour elle  de les comprendre et les expliquer. Dans une autre incarnation nous étions tous les deux mari et femme, et elle m’a perdu tragiquement pendant la guerre. Et depuis tout ce temps son âme n’a su faire le deuil et retrouver cette joie de vivre qu’elle se mérite de connaître et de vivre. Depuis tout ce temps elle porte en elle une grande blessure qui lui meurtrit le cœur et pendant toutes ces années où nous avons partagé notre existence ensemble, elle se sentait en confiance à nouveau, et elle se sentait pleine à l’intérieur d’elle. Depuis mon départ elle ressent à nouveau cette plaie qui se manifeste et qu’il est important de comprendre afin de lui permettre de se fermer une bonne fois pour toute et de cicatriser.

Lorsque j’aurai rejoint le jardin des animaux, je pourrai lui faire des petits signes, des coucous et surtout je pourrai lui envoyer de l’énergie divine pour l’aider à faire son deuil et retrouver cette joie de vivre. Et puis il ne tient qu’à elle pour me retrouver. Dis-lui que mon âme est éternelle, qu’elle perdure et qu’elle aspire à lui revenir et être vraiment son bébé, son petit garçon. Il ne tient qu’à elle d’avoir la volonté de se mettre à ma recherche et je me mettrai de nouveau sur son chemin. Pour l’instant je suis pressé de faire le passage, et elle se sentira tout de suite mieux et en paix. Dis-lui merci pour tout et je lui suis si reconnaissant pour tout.

Puis tous les deux nous avons emprunté ce chemin triste qui au fil de nos pas devenait de plus en plus lumineux. Lorsque je me suis arrêtée devant le pont des fleurs, il l’a traversé et s’est noyé dans la belle lumière de l’arc en ciel. Au revoir Basile repose-toi et ressource-toi et paix à ton âme !