Lorsque je suis arrivée sur le chemin, Bella assise tristement m’y attendait. Son regard sans expression était vide, terne et elle semblait figée, scotchée à ce sol aride et sec. Aucune herbe, aucune fleur, des cailloux blancs et ocres et ce n’était sans doute pas très confortable ; Elle avait capté ma pensée car avant que je ne m’approche d’elle et me présente et lui explique les raisons de ma présence, elle m’a dit :

Ce n’est pas trop tôt, je suis très contente de te voir car de rester ici sur ce chemin caillouteux où je ne peux même pas m’allonger tellement ces pierres sont pointues ou de l’accompagner dans son quotidien, d’errer dans son environnement et de le voir me pleurer et se torturer l’esprit, est terriblement inconfortable pour moi. J’ai très envie de rejoindre le paradis des animaux, je sais que là-haut c’est un réel et agréable havre de paix et je pourrai m’y reposer et me ressourcer. J’ai besoin de ton aide et mon papa aussi, car tant que je rester là rien n’est possible pour moi et encore moins pour lui. Tant que je reste ici ou sur ce sol rocailleux ou à m’accrocher à lui et lui puiser son énergie, je ne peux me réparer et lui ne peut retrouver la paix dans son cœur et son esprit.

Je me suis enfin présentée, je l’ai rassurée et lui ai dit que son gardien m’envoyait à elle pour lui transmettre des messages et lui poser des questions et qu’après je la guiderai jusqu’au pont des fleurs :

Combien je t’ai aimé combien je t’aime vais je te retrouver un jour

As-tu été heureuse avec moi

Va ton se retrouver un jour

Aurais-je pu te sauver

Sais-tu combien tu me manques

Sais-tu combien la maison est vide

Sais-tu que tu étais l’amour de ma vie

Reviens ma fille reviens

N’as-tu pas trop souffert??

Es-tu heureuse à présent

Moi je ne dors plus, je mange peu je pleure tout le temps

Ton absence est insupportable 

Je t’aiiiiiiiiiiiiiiiiiiime ma fille adorée 

 

Après lui avoir lu le contenu, elle m’a regardée les yeux beaucoup plus brillants, il y perlait quelques larmes qu’elle essayait d’attraper avec sa patte lorsqu’elles tombaient sur son museau.

Je suis si triste pour lui, je sais combien mon départ est cruel pour lui, il est en grande souffrance et cela me fait beaucoup de peine. Il se torture l’esprit, il se pose trop de questions, il a des doutes, des regrets et surtout une grande culpabilité. Il a peur d’entendre qu’il aurait pu m’aider, me soigner et me garder encore très longtemps avec lui, et c’est important, c’est primordial pour lui de savoir qu’il n’en est rien.

J’étais sur mon chemin et je préparais mon départ depuis le début de l’automne, oui depuis cette belle saison où les feuilles des arbres commençaient à prendre toutes les couleurs, ces chatoyantes et belles couleurs, jaunes, orange et rouges, avant de tomber à l’entrée de cette saison plus froide et que la nature se repose.

Depuis tout ce temps je préparais ma transition et il ne doit surtout plus culpabiliser. Cela rajoute à son immense détresse et me retient ici, alors qu’ici ce n’est plus ma place et que je dois partir au jardin des animaux. Dis-lui que j’avais des bobos partout dus à l’âge, mon petit cœur était bien fatigué et surtout mes reins étaient usés, au bout du rouleau, et que c’est bien mieux pour moi de monter me réparer.

Je sais combien c’est difficile et cruel pour lui et combien je lui manque. Je lui demande pardon de lui infliger une telle souffrance, je sais que depuis mon départ il se sent seul et abandonné, et sa maison lui semble si vide et son cœur l’est encore plus.

Dis-lui merci pour son message d’amour et dis-lui que moi aussi je l’aime d’un amour pur, profond et inconditionnel. Il était mon papa et je me suis considérée pendant toutes ces années comme sa fille, son bébé, son amie, sa moitié et sa confidente. J’étais là pour veiller sur lui et le protéger de toute énergie qui ne lui appartenait pas, mais surtout ma mission consistait à lui apprendre le détachement affectif.  J’étais là pour lui apprendre à aimer sans dépendance ni co-dépendance et je n’ai pas terminé mon travail, je lui reviendrai pour continuer à remplir ce rôle auprès de lui. Il a besoin de moi et de ma présence sur le plan terrestre pour continuer son chemin.

Depuis mon départ la vie s’est arrêtée pour lui, c’est comme si le monde avait cessé de tourner, il se morfond dans cette tristesse et il pleure, il me pleure sans arrêt et ne mange plus. Il va finir par tomber malade et encore une fois j’en suis tellement désolée. A travers moi il se nourrissait de tendresse, il avait accès à son petit enfant intérieur, à sa source et cela lui permettait de rompre sa solitude, et surtout à l’aider à panser toutes les blessures du passé. Il se sent seul et mal aimé, il a besoin de moi pour retrouver la foi, la force et le courage qu’il a à l’intérieur de lui.

J’ai vécu une existence de rêve à ses côtés, des années de pur et grand bonheur et j’ai bien entendu également envie, même si là-haut c’est le nirvana, mon âme aspire à lui revenir. Je ne ressens plus aucune douleur, je me sens de nouveau très légère, mais tant que je n’ai pas fait le passage je ne peux pas me ressourcer ni me réparer, et surtout je ne peux lui revenir dans le corps physique d’un chat en pleine forme et en bonne santé. C’est la condition sine qua none pour me permettre de redescendre et d’endosser un costume qui lui plaira.

Dis-lui que mon âme est éternelle, elle perdure et elle reste reliée à la sienne où que je sois et que la mienne aspire à lui revenir car il a tant besoin de sa moitié pour continuer d’avancer. Bien sûr qu’on va se retrouver, il ne tient qu’à lui pour que ce soit possible. Dès qu’il se mettra à ma recherche je me mettrai sur son chemin. Il ne peut rester longtemps sans moi, la solitude est trop cruelle. Il a besoin de son timbre-poste pour me câliner et me chérir de tendresse. Dis-lui que je l’aime très fort et il me tarde maintenant de rejoindre ce haut-lieu magique, il se sentira plus apaisé en en paix, et pourra enfin faire son deuil. Et lorsqu’il sera prêt sa fille chérie redescendra, il saura me reconnaître sans aucun doute. Nous étions si proches, si fusionnels et nous nous comprenions au premier regard, et cet instant magique il le revivra de nouveau.

Puis toutes les deux nous nous sommes avancées sur ce chemin difficile à emprunter tellement il était cabossé, et lorsque je me suis arrêtée devant le pont des fleurs, Bella m’a dit

Merci, merci à toi, merci à mon papa, je vous suis si reconnaissante

Et elle l’a traversé pour se noyer dans la belle lumière de l’escalier de l’arc en ciel. Au revoir Bella, repose et ressource-toi. A bientôt !