La rencontre avec Bidule s’est faite au bord d’une route. Il était assis et regardait les voitures passer. Je me suis approchée doucement pour me présenter et lui expliquer que j’avais des messages de la part de sa gardienne et aussi quelques questions à lui poser :

J’aimerais savoir ce qui lui est arrivé ?
Lui demander s’il a souffert ?
Je veux lui dire que je suis désolée de ne pas l’avoir retrouvé à temps.
Lui dire que je l’aime de tout mon coeur et qu’il me manque énormément.
Je voulais aussi savoir pourquoi il était si peureux même avec moi ?
Est-ce qu’il va revenir auprès de moi ?
Est ce qu’il est auprès de Matchu ?
Et dite lui aussi que je l’embrasse très fort sur le front, le seul endroit qu’il acceptait que je touche.

Je suis heureux qu’elle ait fait appel à toi. Moi aussi j’ai besoin de ton aide pour faire le passage. Cette route est dangereuse et cette voiture ne m’a laissé aucune chance. Le choc a été violent, je suis aussitôt sorti de mon corps, je me suis vu flotter au-dessus de celui-ci et je savais qu’il m’était impossible d’y retourner. Tout comme Matchu, je reste là à attendre qu’on vienne me libérer.

Dis-lui que je n’ai pas souffert, c’était bien trop rapide, je me suis réfugié dans mon corps astral et plus moyen de réintégrer mon corps physique. J’étais parti faire un petit tour et je me suis fait enfermer. J’étais coincé dans un endroit d’où je ne pouvais m’échapper et j’ai eu peur de devoir rester longtemps dans ce lieu où personne n’habitait ni ne circulait. En même temps ça me rassurait qu’il n’y ait personne, car lorsque j’ai entendu des pas j’ai eu une grosse frayeur et je me suis caché dans un recoin très sombre. La porte a claqué, et après plus aucun bruit, ni mouvement.

Et je suis resté là à attendre que tu viennes me chercher ? Je savais, je sentais que tu essayais de me retrouver, mais je ne pouvais pas m’échapper, j’étais enfermé et lorsque ce matin-là la porte s’est ouverte, j’étais derrière et le monsieur a poussé un cri lorsqu’il m’a vu sauter au-dessus du seau qu’il portait et j’ai encore une fois eu une grosse frayeur.

J’étais complètement paniqué et je ne voulais qu’une chose, retrouver la maison, la sécurité de notre foyer et te retrouver. Seulement voilà, je n’ai pas été très prudent, j’ai voulu traverser cette route et je n’ai pas eu de chance.

Ne t’inquiète pas, je n’ai pas souffert. La peur que j’ai éprouvée lorsque j’ai entendu le cri de cette personne m’avait déjà très choqué et j’étais déjà dans un état second. Je n’ai pas ressenti de douleur, un grand coup, puis plus rien. Je t’ai vue lorsque tu m’as ramassé et je sais que ce fut terrible pour toi, je suis triste et désolé de t’avoir causé ce choc terrible. Ne culpabilise pas, tu ne pouvais rien pour moi et pardonne-moi pour tout le mal que cela t’a fait.

Je sais que tu m’aimes et que je te manque. Tu as déjà été très éprouvée par le départ de Matchu qui s’est malheureusement déroulé dans des circonstances presque identiques et je regrette, je suis désolée de te causer la même peine.

Face à ces 2 drames, tu es complètement désemparée, tu n’y peux rien et ne pouvais pas nous protéger pour les éviter. C’est Matchu et moi qui sommes navrés d’être aussi imprudents et de te causer de tels désarrois et souffrances.

Mea culpa, moi aussi je t’aime et j’espère tout comme Matchu te revenir. Il est là souvent, il peut me voir et je sais qu’il m’attend de l’autre côté du pont pour m’accompagner dans ce magnifique jardin des animaux. Maintenant que tu vas avoir mes messages, je sais que je peux le suivre et que tu vas enfin pouvoir retrouver un peu de paix dans ton cœur et commencer ton travail de deuil.

Mais tous les deux nous n’avons pas terminé notre mission auprès de toi et la mienne consistait à nettoyer le lieu, l’extérieur et tout le quartier. Oui j’étais un chat de type sentinelle et je n’avais pas vraiment peur, je n’aimais tout simplement pas que l’on me touche parce que ce n’était pas mon truc. Un peu peut-être, le bisou sur le front j’adorais, surtout sur mon 3e œil mais je n’aimais pas les caresses, je n’avais pas l’habitude et n’en avais pas besoin.

De personnalité assez réservée, les câlins n’étaient pas prioritaires et je préférais garder mes distances. Je sais que cela te manquait et c’est aussi la raison pour laquelle tu dois nous reprendre tous les deux, Matchu et moi et chacun retrouvera son rôle, sa mission auprès de toi.

Tu as fait appel à la bonne personne, elle saura t’expliquer le travail et la mission des chats et tu comprendras. Ne sois pas triste et mets-toi à notre recherche très vite car tu as besoin de nous, nos âmes qui sont reliées à toi aspirent à te revenir.

Ce n’est pas parce que je n’étais pas un chat timbre-poste que je ne t’aimais pas, au contraire, mais d’une manière différente et sans dépendance vis-à-vis de toi.

Je me chargerai de transmettre tes messages, es-tu prêt à faire le passage maintenant ?

Je le suis, trop longtemps que j’attends ce moment.

Ensemble nous avons emprunté cette route, qui s’est transformée dans un magnifique chemin de lumière où brillaient des milliers d’étoiles. Lorsque je me suis arrêtée devant le pont des fleurs il m’a dit :

Merci, merci pour tout ce que tu fais pour ma maman et pour nous ses compagnons. Matchu m’attend de l’autre côté et je suis très heureux de le retrouver.

Puis il a traversé le pont et j’ai pu apercevoir Matchu, pressé de le prendre dans ses pattes pour gravir ensemble l’escalier de l’arc en ciel.

Au revoir Bidule, à très bientôt, repose et ressource-toi !