La rencontre avec Chouchou s’est faite sur un chemin gris et sans lumière. Il était assis figé à cet endroit, le regard vide, sans expression. Je me suis approchée doucement et je l’ai appelé plusieurs fois par son nom avant qu’il ne tourne la tête vers moi, et là, j’ai vu ses yeux reprendre une lueur d’espoir. Je me suis présentée et lui ai expliqué les raisons de ma présence, et avant même que je ne lui lise les messages et les questions de sa gardienne, il est venu vers moi tout en miaulant plusieurs fois pour me dire :

Je suis content que tu sois là. Depuis si longtemps déjà que j’ai fait le grand saut, je reste là à m’accrocher à elle, à leur pomper leur énergie et nous avons tous les deux besoin d’aide pour me permettre de suivre ce chemin qui me mènera à la lumière et l’aidera enfin à retrouver la paix dans son cœur et son esprit et commencer à faire son travail de deuil. Tant que je reste dans son environnement, je lui puise ses forces et elle ne peut retrouver la paix et l’harmonie, et moi je ne peux me reposer ni me ressourcer. Ici ce n’est plus ma place et j’ai tant besoin de monter au jardin des animaux.

Je l’ai aussitôt rassuré et lui ai promis de l’accompagner après notre échange, et sans tarder lui ai lu le contenu des missives :

Je souhaiterais savoir s’il va bien, où est -il? 

Est-il monté ? Est-il entouré ? S’est-il laissé mourir à cause de moi…?

Mais surtout m’en veut-il… ? Tout a été si rapide que j’ai l’impression de ne pas lui avoir dit aurevoir comme il le méritait… Nous aurions pu prendre plus de temps, je le regrette. Je ne le ressens toujours pas et je me demande pourquoi, moi qui ressens énormément de choses. 

Je me demande également s’il a souffert…? Je n’étais pas présente sur la fin suite au décès de ma belle-sœur sur Paris… je n’ai pas pu voir les signes… S’est-il laissé partir parce que j’étais absente plus longtemps que d’habitude ? Ou suite au déménagement en maison ? Je me pose tellement de questions et je m’en veux énormément de ne pas avoir été présente alors qu’on se battait ensemble depuis 4 ans contre cette foutu maladie…. 

Je voudrais lui dire que je l’aime, qu’il est et qu’il restera mon âme sœur pour toujours. Je pense à lui à chaque minute. Merci pour tout ce qu’il m’a apporté, plus que n’importe qui sur cette terre. J’espère qu’il a apprécié sa vie à mes côtés. 

 

Pendant que je lisais, je l’observais et je pouvais voir quelques larmes s’échapper de ses yeux. Elles tombaient sur ses joues, sur son museau et ses pattes. Très ému, il essayait discrètement de les lécher et lorsque je me suis arrêtée il m’a dit :

Je confirme, ses messages, ses questions me touchent beaucoup et je suis si triste, je suis tellement triste pour la souffrance, la grande douleur que mon départ si rapide pour elle lui inflige. Cela rajouté à ses regrets et sa culpabilité, m’empêche de continuer ce chemin triste qui pourtant je sais me guidera vers la lumière.

Dis-lui merci pour son message d’amour et surtout dis-lui que moi je l’aime très fort. Je l’aime d’un amour pur, profond et inconditionnel, et de la voir en si grande détresse me fait beaucoup de peine,  je lui demande pardon. Je suis tellement désolé pour le mal qu’elle ressent dans son cœur, dans son âme et tout son être. C’est pour elle une douleur qui se diffuse et envahit toute sa personne, elle n’arrive pas à l’accepter et encore moins à s’en détacher. Elle se torture l’esprit par mille et mille doutes et questions, et elle a besoin que je fasse le passage pour pouvoir à nouveau communiquer avec moi et ressentir ma présence. Je ne suis que de l’autre côté du voile mais tant que je reste dans le bas-astral je ne peux me manifester et lui faire des coucous et Ottawa qui lui me voit, qui lui sait que ce n’est pas ma place est très perturbé.

Dis à ma maman que je me suis beaucoup battu avec elle contre cette maladie, mais ce mal me rongeait depuis trop longtemps et il est temps à présent de remonter dans ce havre de paix pour me ressourcer et me réparer. Je sais qu’elle a fait tout ce qu’elle pouvait pour moi, mais là on ne pouvait plus rien pour moi, et cela n’a rien à voir avec elle, son absence ou déménagement. J’étais fatigué, usé, au bout du rouleau et de m’avoir aidé à partir a été pour moi une grande et ultime preuve d’amour, je sais que c’est par amour pour moi et combien cette décision fut difficile. C’était le moment pour moi de tirer ma révérence alors qu’elle était très occupée par ailleurs et qu’elle a été obligée de me laisser, et cette absence devait la préparer et lui permettre de se détacher de moi. Qu’elle ne regrette rien et ne se tracasse pas je ne me suis pas laissé partir parce qu’elle n’était pas là, c’est tout le contraire c’est pour l’aider à ne pas me voir partir, je préparais ma transition.

Mon existence à ses côtés a été une vie de prince, je ne peux le dire autrement. Elle m’a toujours considéré comme son bébé, son garçon mais en réalité j’étais bien plus. J’étais son double, son âme sœur comme elle le dit si bien, et la vie à ses côtés a été merveilleuse. Nous étions si proches, si complices et si fusionnels, cette maladie nous a encore rapprochés plus et nous a soudés dans une bataille qui nous a donné la chance de rester unis tellement de temps. Aujourd’hui pour elle, c’est une vie compliquée, difficile à vivre car je lui manque comme si elle avait perdu une partie de soi.

J’étais là pour lui apprendre le détachement et lui permettre de se reconnecter à sa source, à son petit enfant intérieur pour la nourrir à travers moi et se chérir de tendresse. J’étais elle, elle était moi et je comptais plus que la prunelle de ses yeux, et ce jour où j’ai poussé mon dernier souffle, est depuis ce jour-là une affreuse, abominable et douloureuse souffrance. Et moi je m’en veux pour ça pour ma bien-aimée. Nous méritons elle et moi de retrouver la joie et le bonheur.

Dis-lui que je serai toujours là pour elle et ce où que je sois. Mon âme perdure, elle est éternelle. Seul mon corps, mon enveloppe terrestre n’est plus. Quant à mon âme elle reste reliée à la sienne et bien sûr lorsque je me serai ressourcé, elle aspire à lui revenir. La mort ne peut pas nous séparer. Nous avons encore tant de choses à vivre et à partager ensemble et ma place est à côté d’elle et sur un plan terrestre. Ce ne sera pas long, l’espace-temps là-haut n’est pas du tout le même qu’ici-bas, et lorsqu’elle se sentira prête j’endosserai le costume qui lui plaira.

Mais pour cela je dois maintenant partir au paradis des animaux et je suis pressé. Plus vite j’y serai, plus vite j’aurai l’espoir de lui revenir. Dis-lui merci pour ces années de pur et grand bonheur et dis-lui merci d’avoir fait appel à toi. Je te suis si reconnaissant aussi, gratitude à toutes les deux.

Puis tous les deux nous avons emprunté ce chemin gris qui au fil de nos pas devenait de plus en plus lumineux. Il y avait des petites fleurs de toutes les couleurs qui émergeaient de tous les côtés et lorsque je me suis arrêtée devant le pont des fleurs, il s’est mis à miauler plusieurs fois et m’a dit :

Dis-lui que je l’aime, mon amour pour elle est incommensurable et je serai à nouveau comblé lorsque nous nous retrouverons. Je ne doute pas, j’ai confiance en elle, je sais combien je lui manque.

Puis il m’a fait une petite révérence et un joli sourire, et sans hésiter, a traversé le pont pour se noyer dans la belle lumière de l’escalier de l’arc en ciel. Au revoir Chouchou, repose et ressource-toi.