Lorsque je suis arrivée sur le chemin, Fulssun m’y attendait. Assise, le regard vide, sans expression, elle semblait figée à cet endroit gris, triste et sans lumière. Je me suis arrêtée à une hauteur respectable pour ne pas l’effrayer, je l’ai appelée doucement par son nom, une, deux puis au 3e appel elle a levé la tête vers moi et ses yeux si ternes reprirent une lueur d’espoir. Je me suis présentée et lui ai expliqué que c’est sa gardienne qui m’envoyait vers elle pour lui dire qu’elle l’aime très fort, que j’avais des messages pour elle, mais aussi quelques questions à lui poser. Et avant même que je n’ai eu le temps de lui lire le contenu, elle s’est mise debout et tout en miaulant plusieurs fois très discrètement, est venue à côté de moi pour me dire :
Que je suis contente que tu sois là, que je suis rassurée, depuis mon départ si brutal, je reste là sur ce malheureux chemin et j’ai besoin d’aide, j’ai besoin que l’on m’aide à trouver la lumière. Mon épart si rapide, si violent, rajouté à leurs souffrances, surtout la sienne, celle que je considérais comme ma maman, mon sauveur, m’empêchent de suivre ce chemin, je n’en ai pas la force, je n’avais pas préparé ce départ et encore moins aussi fulgurant. Ici ce n’est plus ma place et tant que je reste là, je ne peux me ressourcer ni me réparer et elle, elle ne peut faire son deuil et retrouver la paix dans son cœur et son esprit.
Je l’ai aussitôt rassurée et lui ai promis qu’après notre échange, je l’accompagnerai pour faire le passage, et sans attendre lui ai lu le contenu des missives :
Nous l’avions adoptée à la SPA alors qu’elle avait environ deux ans et demi. Nous ne connaissions rien de son passé, ni les raisons de son abandon, ni ce qu’elle avait pu traverser avant d’entrer dans nos vies. Je voudrais savoir tout ça.
Elle avait une méfiance particulière avec les hommes, pourquoi ?
Je l’ai retrouvé près de la voie ferrée, où tout porte à croire qu’elle a été percutée par un train.
Pourtant, lorsqu’elle était là, allongée, j’avais l’impression qu’elle dormait. Aucunes blessures apparentes. Que s’est-il exactement passé ? Je voudrais savoir si elle a souffert, si elle est morte dans la souffrance ou rapidement.
Quand elle sortait, je me surprenais souvent à imaginer ses escapades. Où allait-elle ? Se sentait-elle en sécurité ? Avait-elle parfois peur, ou faisait-elle de mauvaises rencontres ? Que découvrait-elle dehors, et qu’est-ce qui lui plaisait tant dans ces moments de liberté ?
C’est ma fille qui l’avait choisie, mais au fil du temps, Fullsun a pris une place immense dans mon cœur. Elle m’a apporté bien plus que je ne l’aurais imaginé, et aujourd’hui, son absence est une douleur profonde.
Je me demande si elle a été heureuse avec nous. J’aime croire que nous avons su lui offrir un foyer rempli de douceur, de sécurité et d’amour, et qu’elle a trouvé auprès de nous la paix qu’elle méritait. C’était le cas ?
Elle s’est remise à miauler très fort pour me dire :
Merci, merci, beaucoup de gratitude à toi, à ma maman, elle est toujours là quand j’ai besoin de son aide et j’ai tellement de peine de lui faire de la peine. Je sais combien mon départ est difficile et cruel pour elle et j’en suis désolée, si triste.
Depuis mon arrivée chez eux je me suis sentie renaître. On m’a aimée, choyée, respectée et je me suis sentie à la fois être leur petite fille, la petite sœur, mais aussi l’amie, la confidente et un membre de la famille à part entière. Certes, j’aimais sortir, j’aimais beaucoup sortir, j’aimais vadrouiller, faire des découvertes et quelquefois j’ai eu la mauvaise surprise de tomber sur des bestioles pas très sympathiques (martres, renards) Mais je n’ai jamais été obligée de me battre ou de me défendre, j’étais suffisamment consciente qu’il ne fallait pas s’en approcher, qu’il valait mieux prendre la poudre d’escampette, et je n’ai jamais rencontré de problème particulier avec la faune sauvage. Avec les congénères surtout un matou, c’étant parfois un peu plus compliqué, mais j’étais agile et je pouvais le contourner et revenir à la maison.
Ce que j’aimais particulièrement dans ces moments-là, c’est ce grand sentiment de liberté que je ressentais. J’avais besoin d’espace, de beaucoup d’espace, car avant d’arriver au refuge, j’étais pour la plupart du temps enfermée dans un petit taudis, un nid à rats et je me prenais des coups parce que j’y faisais mes besoins. On m’y enfermait pour la punir, il lui en voulait à elle, mon autre gardienne qui m’était très attachée, et lorsqu’il revenait ivre le soir, c’était les disputes, des cris, des coups de pieds et de balais. J’avais peur de lui, elle aussi, toutes les deux on le craignait, et c’est lui qui m’a portée et abandonnée au refuge. J’ai connu les maltraitances, l’abandon et lorsque je suis arrivée chez vous, ça a tout de suite été pour moi une existence de rêve, de princesse et même si je me méfiais des hommes, ma vie avec vous est devenue une vie de pur et grand bonheur.
Je vous aime tous mais c’est de toi ma maman que je me suis rapprochée le plus. C’est auprès de toi que j’ai trouvé ma mission, celle de t’apprendre le détachement. T’apprendre à aimer sans dépendance ni codépendance, en toute fluidité et sans peur de perdre l’autre, t’apprendre et te permettre de te reconnecter à ta source, à ton petit enfant intérieur pour t’aider à panser toutes les blessures affectives du passé, tout en gardant et en respectant une liberté, une grande liberté, la sienne. Respirer, ne pas se sentir étouffé dans la relation et être libre d’agir à sa guise, selon bien entendu en tenant compte des normes sociales afin que les relations restent zen et en harmonie avec tous et avec soi-même.
Mon départ est très cruel pour toi aujourd’hui car je n’avais pas terminé ce rôle et je te reviendrai pour continuer à t’accompagner sur ton chemin.
Tu veux savoir ce qui s’est passé ? Tu penses que j’ai été percutée par un train ? Mais non tu ne m’aurais pas retrouvée dans cet état, sans blessures apparentes. Oui j’ai bien été heurtée, mais c’était une voiture, un véhicule silencieux que je n’ai pas entendu arriver (électrique ?). Le choc a été foudroyant et je suis aussitôt sortie de mon corps pour me réfugier dans mon corps astral afin de ne pas souffrir et gérer mon état. Je me suis encore avancée un petit peu, je ne pourrais te dire la distance puis je me suis allongée et me suis vue, je savais que c’était fini pour moi, que je ne pourrais plus réintégrer mon corps physique et que ce serait terrible pour toi de me retrouver sans vie. Je n’ai pas beaucoup souffert, juste une fraction de seconde, contrairement à ta souffrance qui perdure depuis mon accident. J’ai besoin d’aide et toi aussi, nous avons toutes les deux besoin d’aide et j’ai tellement de gratitude pour toi et lorsque j’aurai rejoint le jardin des animaux, je pourrais faire des petits signes et t’envoyer de bonnes énergies pour retrouver la paix, le sourire et le soleil dans ton cœur. Et puis tu sais, c’est la condition sine qua none de monter là-haut pour me réparer et- de pouvoir préparer mon retour.
Car oui seul mon corps physique n’est plus, mon âme perdure et aspire bien sûr à te revenir. Ma place est avec toi et sur le plan terrestre à vos côtés. Même si là-haut c’est le nirvana, pour moi le paradis est sur terre avec vous. Je vous aime tous très fort et mon amour pour toi ma douce et tendre mie, ma maman adorée, est pur, profond et inconditionnel. Ce ne sera pas très long, dès que tu te mettras à ma recherche, je me mettrai de nouveau sur ton chemin. Fais-moi confiance comme je t’ai toujours fait confiance et nous nous retrouverons.
Puis toutes les 2 nous nous sommes avancées sur ce chemin qui au fil de nos pas devenait de plus en plus lumineux, et lorsque nous sommes arrivées devant le pont des fleurs, je me suis arrêtée et elle l’a traversé pour se noyer dans la belle lumière de l’escalier de l’arc en ciel.
Au revoir Fullsun repose-toi et ressource-toi.
Fullsun chatte 8 ans 1/2christiane2026-04-21T10:00:36+01:00
Lorsque je suis arrivée sur le chemin, Fulssun m’y attendait. Assise, le regard vide, sans expression, elle semblait figée à cet endroit gris, triste et sans lumière. Je me suis arrêtée à une hauteur respectable pour ne pas l’effrayer, je l’ai appelée doucement par son nom, une, deux puis au 3e appel elle a levé la tête vers moi et ses yeux si ternes reprirent une lueur d’espoir. Je me suis présentée et lui ai expliqué que c’est sa gardienne qui m’envoyait vers elle pour lui dire qu’elle l’aime très fort, que j’avais des messages pour elle, mais aussi quelques questions à lui poser. Et avant même que je n’ai eu le temps de lui lire le contenu, elle s’est mise debout et tout en miaulant plusieurs fois très discrètement, est venue à côté de moi pour me dire :