width=J’ai rencontré Isaac sur un chemin en béton froid au milieu de nulle part. Il était assis et semblait avoir été posé à cet endroit et laissé pour compte. Il n’y avait rien autour, pas de verdure, pas de route, pas d’habitations, juste un immense chemin de béton et lui assis à attendre qu’on vienne le libérer et qu’on l’aide à aller vers la lumière.

Lorsque je me suis approchée de lui, il a tourné la tête et m’a regardée d’un air absent et triste. Je lui ai expliqué que sa gardienne m’envoyait vers lui pour lui donner un message et lui poser quelques questions :

Bonjour mon ami, mon amour, mon nounours…

 Comme tu te doutes, tu me manques terriblement… 

Mais je sais que tu es là, tout près de moi. 

 J’ai demandé de l’aide auprès de Christiane, afin qu’elle puisse échanger avec toi mais surtout, pour qu’elle puisse te poser les questions qui me tourmentent et auxquelles je n’ai pas encore de réponse…

 Tout d’abord :

 -Pourquoi as-tu décidé de partir si vite ? 

Tu étais jeune, si jeune…

Merci d’avoir attendu le retour de Gabriel pour t’en être allé…

-j’espère que tu as été heureux et comblé à mes côtés.

 -je m’en veux terriblement d’avoir filmé ton départ terrestre… le vétérinaire m’avait conseillé de filmer les futures crises afin de pouvoir mieux les comprendre…je n’aurais jamais imaginé que tu étais en train de partir…

 -je suis désolée de ne pas avoir tenu ma promesse concernant le travail… j’espère que tu ne m’en veux pas…j’aurais tellement rêvé de pouvoir travailler en t’ayant à mes côtés… 

 -reviendras-tu auprès de moi un jour, bientôt ? 

 -M’entends-tu lorsque je m’adresse à toi le soir ?

 -auprès de qui es-tu là où tu es ? 

 -pourquoi ne pas avoir attendu que Gabriel te connaisse d’avantage…

 -quel message dois-je comprendre…je suis perdue…tu étais ma force, ma détermination…aujourd’hui je me sens si seule…

 -dois-je reprendre un compagnon canin ? Pourras-tu me guider s’il te plaît…

 -pardonne moi de ne pas avoir pu te donner toute l’attention nécessaire ces derniers temps… 

 -Dois-je garder tes cendres avec moi ou préférées tu que j’aille les déverser dans un lieu où tu aimais te promener ? 

 Saches que je t’aime et que tu es pour moi mon frère d’âme. Je parle de toi au présent à chaque instant. Je te promets de faire attention à chaque signe, mais fais en sorte qu’ils soient facilement reconnaissables s’il te plaît…

 Aide-moi à faire mon deuil, aide-moi à sourire de nouveau…

 Mon nounours, mon fils. Je t’aime tant…

Je sais qu’elle n’arrive pas à comprendre ce départ brutal et je sais qu’elle culpabilise de na pas m’avoir aidé. Pour moi ça a été violent aussi. J’étais sur mon chemin, je préparais mon départ, mais j’ai été moi-même surpris par la rapidité et la violence de cette crise. Ma tête me faisait souffrir et tout mon corps. J’avais une pression terrible dans le crâne, dans la poitrine tout m’oppressait et la respiration était douloureuse et les nausées violentes.

Maintenant je me sens bien, je ne souffre plus et je me sens tout léger, mais je reste assis là au milieu de rien comme figé, cimenté à ce béton et je n’      arrive même pas à rester dans son entourage pendant ces jours difficiles.

J’aimerais tant pouvoir rejoindre le jardin des animaux pour me reposer et me ressourcer. Et je sais que pour elle ce sera plus facile après, parce que je pourrai à nouveau veiller sur elle et lui envoyer des signes. Mais tant que je reste ici elle ne pourra pas commencer son travail de deuil et pour moi ce sera impossible de trouver la paix, et tant que je ne serai pas en paix, elle ne le sera pas non plus.

Ne t’inquiète pas Isaac, à la fin de notre échange je t’aiderai à faire le passage, elle m’a aussi envoyé vers toi pour t’aider et te libérer.

Dis-lui que je l’aime, je lui en serai éternellement reconnaissant, car mon âme aspire à se ressourcer pour pouvoir lui revenir très vite. J’ai été très heureux à ses côtés et elle me pose la question, oui j’ai été comblé. Nous étions très fusionnels et nous avons beaucoup compté l’un pour l’autre. J’étais elle, elle était moi, j’étais son double, elle était mon double.

Nous étions déjà ensemble dans une autre vie et c’était déjà ma sœur d’âme. Tantôt ma sœur, ma maman, ma compagne, il y avait elle et moi, moi et elle. Elle m’a beaucoup parlé et me parle encore. Oui je l’entends mais ne peux lui répondre, et figé ici telle une statue, je n’arrive pas à me manifester à elle.

J’avais la mission de l’ouvrir à l’amour inconditionnel et l’aider à avancer sur son chemin. Je me devais de la guider dans ses choix et je peux à présent partir tranquillement. Elle n’est pas seule et mon absence sera moins difficile lorsque j’aurais rejoint le paradis des animaux.

J’étais malade, il y avait comme des courants électriques dans ma tête, et ce dès ma naissance. Ma maman avait subi un grave choc pendant la gestation et j’en ai gardé des séquelles.

Pourquoi moi alors que tu espérais passer de longues années ensemble ? Peut-être pour te faire comprendre que la vie passe très vite et que pour pouvoir la vivre, la goûter pleinement, il faut toujours vivre dans le présent, dans le ici et maintenant. Peut-être aussi pour te donner la foi et de l’espoir, après la mort il y a la renaissance et rien n’est jamais perdu.

Ne culpabilise pas d’avoir filmé mon départ, tu ne pouvais pas savoir et tu n’as fait que ce que le docteur t’avait demandé. Tu étais à mes côtés, c’est ce qui compte le plus. Mais tu dois à présent oublier ce drame et le choc que tu as reçu pour pouvoir continuer à avancer sur ton chemin sans pleurer à chaque instant quand tu penses à moi.

Je ne t’en veux pas de ne pas avoir été à tes côtés pour le travail et je ne t’en veux pas si ces derniers temps tu étais un peu plus occupée ailleurs mais c’est normal, il y a eu la venue de Gabriel. Le message que tu dois comprendre encore une fois, c’est qu’il faut coûte que coûte vivre le moment présent et profiter des êtres que l’on aime, le plus possible, car la roue tourne parfois très vite et les regrets et la culpabilité représentent des obstacles qui vous freinent dans votre ascension.

Votre âme, à vous les humains a besoin de s’élever et de vivre en paix et en harmonie. Lorsque je gravirai les marches de l’escalier de l’arc en ciel, j’espère que ton âme le ressentira et que tu te sentiras t’élever vers la lumière. Ta compassion est grande et ce sera facile pour toi d’aider à faire du bien dans ton entourage.

Tu as une mission de vie aussi auprès des humains et la souffrance si terrible qu’elle soit, t’aura aidée à en prendre conscience. Demain est un autre jour pour toi, l’essentiel c’est qu’une ouverture d’esprit se fasse, que la porte pour te reconnecter à ta source se soit ouverte.

Mes cendres, je préfèrerais que tu les disperses dans les endroits qui me/nous sont chers. Ne les garde pas, ce ne sont que les poussières de mon corps physique. Mon âme, elle est éternelle et reste reliée à toi. Je te reviendrai, car tu as bien entendu besoin d’un compagnon chien et ce sera plus facile pour Gabriel de faire ma connaissance. Nous étions beaucoup trop proches l’un de l’autre et c’était difficile pour lui d’y trouver sa place.

Je me charge de transmettre tes messages et réponses Isaac. Si tu le souhaites je vais maintenant t’accompagner un petit bout de chemin et lorsque nous serons arrivés au pont des fleurs, tu pourras enfin le traverser et aller vers la lumière.

Merci, dis-lui merci pour son amour, son empathie, dis-lui de sourire à nouveau, j’aime lorsqu’elle arbore un sourire espiègle et attendrissant. La voir dans cet état me fait trop de peine. Dis-lui que je peux lui revenir très vite et qu’elle doit se mettre à me recherche très vite.

Puis il s’est mis debout, est venu à côté de moi, il dégageait une grande force et une telle beauté que j’en étais toute émue. Nous nous sommes avancés et le chemin de béton s’est transformé en un lumineux chemin recouvert d’herbes et de mousse, du lichen avec des petites fleurs blanches et des petits champignons. Il m’a dit :

Tu vois le changement de décor ? Plus nous nous approchons de la lumière, plus l’endroit devient beau et rassurant. Je n’ai pas peur, je me sens très serein car je sais que ce passage obligé me fera revenir dans un corps physique sain et en pleine forme, et nous pourrons enfin profiter de vivre une belle aventure ensemble.

A notre arrivée devant le pont des fleurs, il m’a remercié et l’a majestueusement traversé sans se retourner. Il savait qu’il fallait avancer maintenant, que seul aller de l’avant lui permettrait de revenir pour reprendre son chemin avec elle

Au revoir Isaac, paix à ton âme !