KartingKarting est là sur le chemin, il m’attend, me regarde et me dit

Je suis très content de te voir. J’attends depuis quelques temps qu’il se passe quelque chose car je sais qu’ils sont dans l’incompréhension totale et n’ont toujours pas accepté mon départ, ce qui m’empêche d’être en paix et d’aller rejoindre les prés fleuris des équidés. Pendant les moments de répit entre les coliques, j’ai vu ces vastes étendues vertes avec de jolies fleurs, et j’avais envie de les rejoindre très vite. Maintenant il me tarde de pouvoir te donner un message, qui j’espère, les aidera à faire leur deuil et me permettra de galoper vers ce lieu magnifique.

Tes gardiens, Karting, ont quelques questions à te poser, ils aimeraient savoir comment tu te sentais la veille de ces coliques ?

Je me sentais bizarrement assez bien, malgré que depuis quelques semaines je ressentais des douleurs, des spasmes dans mon ventre, mais il n’y avait pas de quoi s’alarmer, c’était des pincements rien de plus. Et le lendemain c’était terrible, les douleurs étaient vives, et j’avais l’impression d’être pris dans un étau. J’ai beaucoup souffert et ils m’ont emmené alors que je n’avais plus qu’une envie, celle qu’on m’aide à partir. Je savais que le moment était venu pour moi de faire le grand saut, je l’avais compris tout de suite et j’étais prêt.

Mais tes gardiens espéraient pouvoir t’aider et te sauver. L’opération t’a soulagé ?

Oui je ne ressentais plus cette pression, cet étranglement qui me faisait souffrir au point de ne plus pouvoir respirer. J’étais soulagé, mais je savais que j’étais sur mon chemin et j’aspirais à rejoindre ces grands prés.

C’est la raison pour laquelle tu ne mangeais pas à la clinique ?

Oui, lorsqu’on est en transition, on n’a plus besoin de se nourrir, au contraire, le jeûne aide à purifier le corps.

Comment as-tu vécu ces 12 jours à la clinique ?

En transition.

Ils sont venus te voir le 19/12 et tu n’as eu aucune réaction quand tu les as vus, même une ignorance. Que pensais-tu ?

Je n’étais plus dans mon corps et je ne voulais plus y revenir, je n’étais déjà plus là et je suis désolé de leur avoir causé autant de peines et de soucis. Je sais que c’est difficile à accepter pour eux, de me laisser partir alors qu’ils ont tout fait pour me soigner et me guérir.

Comment as-tu vécu ce jour du 24 décembre ?

Je n’étais pas bien et j’attendais qu’ils acceptent de me laisser partir, c’était une délivrance pour eux et pour moi. C’était difficile, ils n’ont même pas pu me revoir et je comprends qu’à présent ils n’arrivent pas à faire leur deuil. Pour eux c’est presque irréel, mais je ne suis plus de ce monde et j’attends maintenant d’être libéré pour permettre à mon âme de se reposer et profiter de cet endroit magique que j’ai vu pendant mon transport.

Ils aimeraient aussi savoir si tu leur en veux de quelque chose au cours de ta vie.

Ils sont en souffrance et se torturent l’esprit. Ils cherchent à se culpabiliser alors qu’ils ne doivent surtout pas penser que c’est de leur faute. Cette tumeur était présente et n’avait rien à voir avec eux et la vie que j’ai vécu chez eux. Depuis mon arrivée chez eux jusqu’à mon départ, j’ai eu une belle vie. Je me suis senti aimé, considéré avec beaucoup de respect et protégé.

Pourquoi ne te laissais-tu pas caresser et câliner comme ils auraient tellement voulu le faire ? Pourquoi tu leur tournais le dos à chaque fois, ou tu t’en allais ou même levais le pied ?

Oui je sais que cela les rendait tristes mais j’avais, avant d’arriver chez eux, vécu un traumatisme. J’étais désabusé, je me sentais à la fois aimé et câliné, et à la fois je ressentais que je n’étais qu’un outil dont on voulait se servir. Et la main qui me caressait la veille, pouvait le lendemain me cravacher pour me faire avancer. C’était un être gentil et cruel, avec une double personnalité et j’avais la mission de lui apprendre à aimer sans rien attendre en retour. Je n’ai pas pu remplir cette mission et je n’étais pas en paix avec moi-même.

Avec eux je savais que je n’avais rien à craindre. Je les ai aimés et j’avais toute confiance en eux, mais j’avais toujours ce vécu en mémoire et la crainte à nouveau  de ne pas être à la hauteur si j’entreprenais une nouvelle mission auprès de l’un d’entre eux. Et puis c’était devenu un jeu aussi. J’étais au fond de moi un cheval avec une personnalité taquine et espiègle, mais je ne sais pas s’ils l’avaient capté.

Nous avons partagé toutes ces années ensemble et la relation était quelque part tronquée à cause de ce passé perturbant. Comme eux, je n’avais pas réussi à faire le deuil, et je peux aujourd’hui leur dire que ça pollue notre vie. J’aimerais aussi leur dire surtout à elle, qu’elle ne doit pas douter, ce qu’elle fait est juste et elle est remplie d’amour. Elle doit maintenant me laisser partir pour me ressourcer et lorsqu’ils seront prêts je souhaiterai revenir chez eux pour partager de tendres moments. Qu’elle ne s’inquiète pas je ne me suis pas senti seul et abandonné à la clinique, mes compagnons de pré venaient à tour de rôle m’encourager et me tenir compagnie. Eux aussi sont pressés de me voir partir à présent, et savent qu’ils vont me revoir.

Je dois te dire qu’ils t’ont toujours adoré et que tu resteras à jamais le cheval de leur vie. Ils aimeraient aussi que tu leur fasses un signe de là où tu es, qu’ils te ressentent une dernière fois, car tu leur manques tellement.

Mais je suis toujours encore auprès d’eux, je suis là chaque jour, chaque heure, chaque instant de leur existence. Et la ponette et l’ânesse peuvent me voir mais ce n’est plus ma place. Maintenant qu’ils vont recevoir mon message, je me sens un peu plus léger et j’espère être libéré. Moi aussi je les aime et il me tarde de les retrouver, mais pour cela je dois partir, et de là-haut je pourrai leur envoyer un signe qu’ils seront capables de reconnaître.

J’ai envoyé de la lumière à Karting et je lui ai suggéré d’emprunter ce chemin qui devenait de plus en plus lumineux, et telle une licorne, il a pris son envol.