IMG_2739R……., la fille ainée de ton gardien décédé, me demande de communiquer avec toi Khonan, es-tu d’accord pour me parler ?

Oui, je savais qu’un jour ou l’autre ça viendrait. Elle y songeait depuis un grand moment mais en même temps elle était dans la crainte d’apprendre des choses qui la feraient souffrir. Car tout comme moi, elle en souffre encore. Mais ensemble nous arriverons à faire le deuil et à le laisser partir pour ce repos qu’il mérite, car malgré les souffrances et blessures qu’il a pu lui infliger, mon gardien était quelqu’un de profondément bien. C’est vrai que tout l’accuse et que son acte est cruel pour nous, pour ses proches et son entourage. Un suicide est toujours très traumatisant pour les proches et génère des chocs émotionnels difficiles à guérir et à oublier. Moi-même j’en suis encore très traumatisé, j’ai eu très peur et le bruit du coup de feu résonne encore et toujours dans ma tête. Ce que je vais pouvoir te dire m’aidera et me fera du bien. Cela fait un moment que je sais que c’est R…… qui nous aidera à faire le deuil.

Sais-tu ce qui s’est passé ce jour-là, Khonan ?

Oh il n’y avait pas que ce jour, il y songeait souvent les dernières semaines, mais le courage lui manquait. Il était désespéré, au bord du gouffre et culpabilisait de ne pas être à la hauteur et de faire du mal à ses proches. Il ne se sentait plus capable d’assumer (ce n’était pas son fort d’assumer ses responsabilités) et la situation financière était critique. Il avait peur du regard des autres et de sa famille. Il craignait un nouvel échec et en avait honte. Mon gardien était un homme bon, capable de faire rire ses amis et les gens qu’il fréquentait. C’était un homme, mais dans sa tête il était resté un gamin et il lui manquait cette notion « d’homme mur » qui lui aurait permis d’être le pilier d’une famille et d’assumer ses responsabilités. C’était un joyeux luron qui aimait faire la fête et boire un coup avec des gens à qui il n’avait rien à prouver. Lorsqu’il s’agissait de ses proches, il se sentait submergé et incapable de faire face à la situation. Il était conscient du mal qu’il leur faisait et l’est encore beaucoup plus depuis son départ. Ce geste désespéré pour fuir une situation difficile, génère de la culpabilité et l’empêche de partir avec sérénité. Ce jour-là il avait l’intention de m’emmener avec lui, mais il n’a pas eu le courage de le faire. Et c’est bien, car à travers moi, Rachel peut comprendre son geste et lui pardonner. Il n’a pas été un papa, ni un fils exemplaire, quelque-chose au plus profond de lui l’empêchait d’évoluer et d’être lui-même. Il ne faut pas le juger ni chercher ce qui aurait pu lui permettre de vivre sa vie autrement, c’était son chemin. C’est en l’acceptant en âme et conscience qu’elle pourra lui pardonner et se pardonner de ne pas avoir eu le papa qu’elle aurait aimé avoir. Même s’il n’a pas été très présent et qu’il ne lui a pas souvent témoigné de l’affection, il l’aimait et il avait mal dans son cœur de ne pas être capable de lui exprimer cet amour. Ah, c’était bien plus facile de boire un coup et de faire rire les potes. Ne pas être à la hauteur, faire souffrir ses compagnes, ses filles et sa mère (le père qui était son pilier lui a beaucoup manqué depuis son départ.) était pour lui cette part d’ombre qu’on redoute, nous fait peur, et qui à un moment ou un autre nous fait basculer si on n’arrive pas la dompter.

J’ai souvent communiqué avec lui depuis cette terrible journée et je sais qu’il sera là pour moi lorsque le moment sera venu. Mais il était important, et il l’a compris au moment de commettre l’irréparable, que je devais rester car je serai chargé d’une nouvelle mission auprès de celles qui restent dans cette incompréhension. Pas un mot d’explication, un geste fou et démesuré, telle sa manière de vivre et aujourd’hui ces vérités à travers moi, doivent nous permettre à tous de nous libérer, de faire notre deuil et de le laisser partir vers la lumière. Lui pardonner, et se pardonner, est le pardon qu’il espère.

Et toi Khonan, ça va aller maintenant ?

Oui je suis heureux d’être le messager, qui je sais, leur permettra de faire la paix dans leur cœur. On oublie jamais, mais les souffrances, les situations difficiles doivent nous aider à grandir et à comprendre que nous avons tous à l’intérieur de nous, une grande force qui doit nous guider vers la lumière et non vers les ténèbres.