LELALela, ta gardienne aimerait que je communique avec toi, te sens-tu bien avec eux ?

C’est bizarre qu’elle me pose cette question, elle voit que je suis heureuse et très contente d’être avec eux et mes congénères. Je sais que je suis anxieuse de nature, ce qui parfois peut créer un mal-être, et je me sens obligée de lécher mes pattes pour évacuer les tensions. Mais j’aime être avec eux, j’aime être entourée des autres chiens, et je prends beaucoup de plaisir à jouer. J’ai juste parfois un peu trop de stress, mais je ne suis pas apathique. Je suis heureuse de vivre, heureuse d’avoir trouvé des gardiens qui m’aiment et me respectent, et je leur dois un immense merci, car au refuge je n’étais pas bien, j’étais un numéro et il fallait se méfier de moi, ce n’était pas très agréable.

Oui, ta gardienne me dit que tu as été jugée agressive, à la limite de l’euthanasie, peux-tu m’expliquer pourquoi tel comportement ?

Parce-que j’ai peur, parce-que je me défends.

As-tu souffert de maltraitances avant d’arriver à la SPA ?

Oui, tous les jours, il (homme) me poussait dans mes retranchements, même lorsque je me cachais (chiot). Il venait et me tirait de toutes ses forces par la queue pour me mettre le museau dans mon pipi et mes excréments.

Tu n’étais pas propre, Lela ?

Comment pouvais-je l’être, on ne me sortait pas, je n’avais pas droit à la promenade. Elle passait ses journées à fumer et boire de la bière, et lorsqu’il rentrait, ça le mettait tellement en colère, qu’il la frappait et moi aussi. Après il se mettait à boire aussi, et lorsqu’il avait bien bu, je reprenais encore des coups. J’avais très peur de lui. Il s’assoupissait sur le canapé, la canette de bière dans la main, et lorsqu’il se réveillait et qu’elle s’était vidée sur sa chemise, il la balançait. Il valait mieux éviter d’être à côté, et je cherchais toujours refuge sous les meubles. Elle au moins était gentille et je n’avais pas besoin de la craindre.

Et au refuge, étais-tu bien traitée ?

Mieux, mais on me craignait, et je savais que c’était le mouroir pour moi. J’avais peur, le climat était toujours agité avec beaucoup de va et vient.

Ta gardienne me charge de te dire que tu es en sécurité avec eux, qu’il ne t’arrivera plus rien de difficile, que tu ne dois pas chercher à pincer les gens, que c’est dangereux pour toi, car si tu mordais quelqu’un, tu risques de devoir passer une étude comportementale, qui te mettrait en danger de mort. Tu comprends ce que j’essaye de t’expliquer, Lela ?

Oui, je sais, tu n’as pas besoin d’insister, mais comment faire autrement ? Je suis programmée, c’est mon instinct, dès que je vois ou flaire quelqu’un que je ne connais pas, je suis sur le qui-vive, et préfère agresser que d’être agressée. Je sais que ce n’est pas bien, je regrette, mais c’est plus fort que moi. C’est inné et je n’arrive pas à me contrôler. J’aimerais bien être différente, j’aimerais tant pouvoir arrêter ce mécanisme. Parfois j’ai peur, j’ai conscience de ce qui risque de m’arriver, et je me lèche pour éliminer les tensions.

Lela, tes gardiens sont là pour toi, et vont t’aider à oublier toutes les méchancetés qu’on t’a fait subir. Est-ce que les gamelles te conviennent ? As-tu besoin de quelque-chose en particulier ?

La nourriture est bonne ici et je mange à satiété. Je ne suis pas très sociable et j’aimerais pour autant qu’ils le peuvent, qu’ils me protègent et m’évitent de fréquenter des étrangers.  Je me sens rassurée dans mon cocon.