La maman de ta gardienne me charge de te dire Lobo qu’elle est malade. Elle est à l’hôpital et s’occupe d’elle, on prend soin d’elle. Elle me demande de t’expliquer la situation, c’est une dame très âgée qui tu le sais ne peut pas vous emmener faire de longues balades, et avec Nanouk vous en avez besoin, le jardin seul ne vous suffit pas. Elle est obligée avec son mari malade dont elle doit s’occuper aussi, de vous confier pendant quelque temps à des personnes qui prendront soin de vous, c’est un chenil, il y aura d’autres chiens avec lesquels vous pourrez jouer et vous amuser. Elle est très triste de ne pouvoir assurer votre garde, mais elle n’a pas d’autre choix. Elle a 84 ans, et très malheureuse aussi pour ta gardienne qu’elle doit soutenir coûte que coûte. Elle me demande de te rassurer et de te dire qu’elle ne vous abandonne pas, c’est une transition, le temps hélas nécessaire à la guérison de ta maitresse.

Pendant tout le temps que je lui parlais, Lobo, les oreilles couchées, la tête baissée, pleurait. Les larmes coulaient sur le sol, tombaient sur sa truffe, sur ses pattes, il ne les léchait même pas. Il essayait de se contenir et je me suis mise à pleurer aussi devant tant de chagrin et de retenue. Au bout de quelques instants je lui ai demandé l’autorisation de le caresser, il est venu à mes côtés, le regard si triste, pour me dire :

Je savais que ça finirait par arriver. Je redoutais ce moment, depuis trop longtemps qu’elle ne va pas bien, mais pas bien du tout. Avec Nanouk nous l’aimons, elle est notre maman, elle n’est pas ma gardienne, et je sais qu’elle nous aime profondément aussi. Mais le mal qu’elle a en elle, le mal qu’elle porte depuis plusieurs années a eu raison de ses forces, et elle a craqué. Je ne suis pas étonné, il fallait que ça arrive, ça fait trop longtemps qu’elle se laisse couler, et elle est tombée. Elle s’est laissée manipuler par des forces malsaines qui ont eu le dessus de sa raison, et elle s’est mise à boire de trop, beaucoup trop et c’était le début de l’engrenage.

J’espère que maintenant on va l’aider, qu’elle va guérir et qu’elle va nous chercher. Je ne veux pas rester dans ce chenil, j’aime bien le jardin de Mamie, comparé à nos dernières sorties de plus en plus rares c’est un endroit où je peux courir, jouer et m’amuser avec mon compagnon, et nous sommes chez nous. Mais je sais et je vois, je ressens les problèmes que cela engendre et je ferai l’effort de m’adapter un tant soit peu à cet endroit avec l’espoir que ma maman puisse guérir et nous reprendre.

Cette période de fin d’année qui aurait dû être source de joie dans la famille a été la fête la plus atroce de mon existence, et cette nouvelle année me plonge dans les peurs et les angoisses. Dis-lui, dis-leur que je les aime et que je veux les retrouver.

Puis il s’est remis à pleurer. Je l’ai rassuré encore et encore avec l’espoir qu’il y aura un retour et que sa gardienne s’en sorte et puisse les reprendre lorsqu’elle aura remonté la pente. Avant de le quitter, je lui ai demandé de continuer à prendre soin de Nanouk et il m’a répondu :

J’espère que nous resterons ensemble.

Je l’ai rassuré en lui disant qu’ils resteraient ensemble.