Tes gardiens me chargent de te dire qu’ils t’aiment, qu’ils font tout pour que tu te sentes en sécurité et que tu sois heureux. Ils aimeraient savoir pour quelles raisons tu t’enfuis, et que tu ne dois surtout pas avoir peur de rentrer lorsque tu pars, ils aimeraient bien que tu ne partes plus.

Je sais qu’ils m’aiment, je le sens très fort et je suis si heureux lorsqu’ils s’occupent de moi, qu’ils jouent avec moi et me font des câlins. C’est si bon et rassurant de se savoir aimé et je suis désolé de vous créer des tracas lorsque les démons remontent dans ma mémoire et que je ne peux faire autrement que de m’enfuir.

Avant vous je n’étais pas heureux. Je n’étais pas apprécié et on me considérait juste comme un objet, le chien qui doit protéger la maison et rester à sa place. Des caresses ou des jeux ou même des promenades, je n’ai pratiquement pas connus. Par contre des coups de pieds ou de balais et me faire gueuler dessus, ça je sais ce que c’est. Et lorsqu’il avait bu il devenait très méchant avec ma gardienne aussi. Il hurlait et ces cris je les entends encore régulièrement dans ma tête. Le moindre petit haussement de voix, surtout celle d’un homme me font remonter à la mémoire ces cauchemars et me poussent souvent à prendre la poudre d’escampette.

C’est ce que je faisais tous les jours, parfois plusieurs fois, et c’était toujours avec beaucoup de représailles lorsque je revenais. Mea culpa je n’            ai pas peur de vous et je sais que vous ne me ferez aucun mal, mais les mémoires sont encore très présentes et de temps à autre je ne maitrise pas, j’ai des pulsions, et de prendre la fuite m’aide à me libérer de ce stress et de ces angoisses.

J’ai besoin de votre aide pour effacer ce passé douloureux, car je ne veux pas être séparé de vous, je ne veux pas partir, même si le retour est pour moi très anxiogène aussi, car souvenir de coups et de cris.

Moi aussi je vous aime et les moments de bonheur que je partage avec vous sont intenses pour moi. Je suis relié à mon papa, c’est auprès de lui que j’ai une mission, celle de l’aider à se reconnecter à son petit enfant intérieur, pour lui permettre de s’amadouer, d’être un peu plus tolérant et surtout de s’aimer lui-même. Pour l’instant je n’ai pas encore trop rempli mon rôle, je le crains, enfin pas lui, mais ses gestes parfois un peu brusques et sa voix. Mais je sais qu’il me faut encore une période d’adaptation et pour lui aussi (miroir).

Quant à toi que je considère comme ma maman, tu es douce, gentille et je te suis si reconnaissant pour tes câlins, cela me met en confiance.