Lucky, lorsque je m’approche, me regarde très sereinement. Il semble être un jeune chien, tellement l’expression de son regard me paraît apaisée et rassurée. Je lui explique que sa gardienne me demande de communiquer avec lui, qu’elle aimerait savoir s’il va bien, ce qu’il fait, où il est, s’il est heureux ?
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Mon départ était difficile, j’ai beaucoup souffert, et elle aussi. Elle a eu beaucoup de mal à accepter l’idée de me perdre et encore plus à m’aider à partir, et lorsque j’ai fait le grand saut, elle s’est sentie soulagée. C’en était fini de mes souffrances, et cela l’a aidé à se faire une raison, même si une pointe de culpabilité était latente. Dis-lui de ne pas s’en faire, j’ai eu le temps de préparer mon départ, j’étais prêt et surtout je n’étais pas seul. Athéna était là depuis quelques semaines, elle est venue me chercher. Elle m’a entouré, assisté et surtout rassuré. J’étais d’un caractère très anxieux, j’avais toujours très peur, je n’ai pas eu la chance d’être materné, je n’ai aucun souvenir de ma maman ni d’avoir eu des frères et sœurs, je me suis senti abandonné depuis que je suis né. Je crois que cela m’a beaucoup perturbé, car je me suis retrouvé dans un refuge avec que des chiens et des cages. Ils avaient tous des peurs et des angoisses, certains étaient très tristes et tous malheureux, et toute ma vie j’ai entendu dans mes rêves des aboiements, des hurlements et des gémissements de détresse. C’était insupportable pour mes oreilles, cela me faisait mal physiquement et émotionnellement. C’était très douloureux, les oreilles servent à capter, recevoir puis transmettre les messages qui nous arrivent de l’extérieur. J’avais du mal à accepter, je refusais d’écouter, d’entendre, cela représentait une énorme agression pour moi et un stress permanent. Je n’ai pas réussi, je ne savais pas comment gérer cette agression, j’étais sans doute trop jeune et déstabilisé, je ne savais pas comment me défendre, je me suis senti en danger, des dangers non identifiés, et la souffrance et la maladie me permettaient de l’évacuer. Les problèmes d’oreilles et de poumons ont été en quelque sorte, même si très douloureux, une soupape de sécurité pour toutes ces angoisses. Maintenant je suis bien, je me sens libéré, je n’ai plus peur, je n’ai plus de douleurs. Ici, tout est calme, très paisible. Il y a des chiens partout, des petits, des grands, des jeunes, des vieux, mais ils paraissent tous jeunes et en bonne santé. Ici personne n’aboie, gémit ou se plaint. Ici nous sommes heureux de vivre en communauté, c’est le paradis. Je me promène avec Athéna, je me repose et me ressource.

As-tu rencontré Bella et ses petits Jeff et Ramsès ?

Non, elle ne s’est pas manifestée.

Ta gardienne ma charge de te dire qu’elle t’aime, que tu lui manque, que pour elle tu étais son précieux petit diamant brut et que si tu te réincarnes, elle te voudrait dans son équipe. Tu l’as rendu très heureuse, grâce à toi, elle a retrouvé le sourire et la joie de vivre. Tout ce qu’elle veut c’est que tu continues à être heureux et que tu gardes le sourire. Tu étais le meilleur de tous les chiens de l’univers.

Moi aussi je l’aime et j’escompte bien revenir chez elle. Ici je suis heureux mais j’ai envie de partager ce bonheur avec elle. Notre relation, à cause de mon passé, très traumatisant avant d’arriver chez elle, était tronquée, faussée dès le départ. Mais j’avais ma mission à accomplir auprès d’elle et je l’ai rempli du mieux que je pouvais. Entendre, écouter, savoir se défendre contre les agressions extérieures, sont autant de faits qui rentrent en résonnance chez elle. Lorsque je reviendrai la voir, ma mission sera tout autre et beaucoup plus simple. Je l’aiderai à s’autoriser à ouvrir en grand la porte de son cœur, et pour cela je reviendrai en tant que chien, qu’elle me fasse confiance.

As-tu été heureux avec elle ? Qu’as-tu pensé d’elle ? Etait-elle une bonne gardienne ?

Oui j’ai été très heureux avec elle, même si j’avais gardé des souvenirs traumatisants, même si ce passé restait profondément ancré en moi. A ses côtés je n’avais pas peur, je me sentais rassuré et lorsqu’on se promenait, c’était un moment privilégié, je me sentais uni à elle, nous marchions côte à côte et cela me remplissait de joie, elle était moi et moi j’étais elle, une fusion totale. Même si elle est jeune, elle a aussi son vécu, pas très facile non plus, et nous ne nous sommes pas trouvés par hasard. Elle a bien évolué et j’en suis fier. Le moment était arrivé pour moi de tirer ma révérence afin de me ressourcer et de pouvoir lui revenir dans un corps sain, car je l’aime et souhaite être là pour la guider sur son vrai chemin de vie. Elle a toujours été une bonne gardienne, mais pour elle il est aussi temps de prendre conscience de ce potentiel qu’elle a en elle, de se donner les moyens d’ouvrir les portes qui lui permettront de l’exploiter et il me tarde à présent de revenir très vite pour vivre cette merveilleuse aventure.

Peux-tu encore me dire Lucky comment sa sœur t’appelait, elle a besoin de vérifier si c’est bien toi qui m’a parlé.

Cette méfiance me peine, n’étais-je pas assez précis dans ce que je t’ai dit ?

Si, pour moi si.

Alors dis-lui que la confiance « se faire confiance, faire confiance à l’homme et à l’univers » est un chapitre de ma nouvelle mission auprès d’elle. Cette demande n’a pas d’importance pour moi et ne doit plus faire partie de sa manière de penser, qu’elle s’écoute, qu’elle suive son intuition et se fasse confiance.

Mais encore ? Peux-tu me répondre ?

J’avais du mal à entendre, mes oreilles refusaient d’entendre, je crois qu’il y avait le mot noir, noiraud, diamant noir ? panthère noire !

Merci Lucky pour cette rencontre, pour tous ces messages, reposes-toi et reviens-lui en pleine forme. Au revoir…