La rencontre avec Marley a eu lieu sur un chemin gris, triste et sans lumière. Il était assis, le regard vide et semblait comme figé, collé à cet endroit. Je me suis approchée, je l’ai appelé plusieurs fois par son nom et il n’y a eu aucune réaction de sa part. Un peu surprise, j’ai fait une tentative en l’appelant par son surnom « Boulette » et dès le premier appel il a vivement dressé ses oreilles et tourné la tête vers moi les yeux remplis d’une lueur d’espoir. Le regard pétillait à nouveau de curiosité, et sans tarder je me suis présentée et lui ai expliqué que j’avais des messages et des questions de la part de ses gardiens, s’il voulait les entendre et accepterait d’y répondre.

Mais quelle question ! Je n’attends que ça. Depuis tout ce temps où je reste là à attendre qu’il se passe quelque chose, que j’attends qu’on vienne me libérer, qu’on m’aide à faire le passage, je craignais tellement devoir encore rester longtemps ici alors que ce n’est plus ma place et que pour pouvoir trouver la lumière et me reposer et me ressourcer je dois rejoindre le jardin des animaux, et je suis si content de te voir.

Je l’ai rassuré et lui ai promis après notre échange de l’accompagner pour faire le passage.

Merci, merci beaucoup, beaucoup de gratitude à toi, à ma maman et mon papa.

Puis je lui ai lu le contenu des missives :

« Salut ma boulette, depuis que tu es partie tu laisses un grand vide, je me sens comme abandonné, je pleure beaucoup tu me manques tellement ma boulette…

Je veux que tu saches que ce 27 juillet je ne t’ai pas abandonné, je n’ai pas pu venir te voir car j’étais en pédiatrie avec ton petit frère, je savais que papa lui prenait soin de toi et qu’il n’étais pas loin si besoin.

J’ai ce sentiment de culpabilité de ne pas avoir pu te dire aurevoir ma boulette, je t’avais pourtant promis de te tenir ta patte jusqu’à ce que tes yeux se ferment et je ne l’ai pas fais. Pardonne moi mon chien, pardonne moi aussi de ne pas avoir compris que ce jour là  ton dernier regard posé sur moi tu me disais aurevoir. Je n’avais pas compris, ou plutôt je ne voulais pas y croire..

Ta petite sœur te cherche aussi, elle aimait tellement te donner ton biscuit chaque matin, alors parfois elle pense à toi et elle t’envoie des bisous volants…

En tout cas merci pour ses 6 belles années, tu m’as tellement apporté si tu savais. Quand papa partait en mission tu restais la à t’occuper de moi à ta façon avec tes câlins et ta présence au quotidien.

Je ne pouvais pas rêver mieux comme chien vraiment.

Tu resteras pour toujours, ma boulette, mon Monsieur chien, mon confident, mon meilleur ami et mon premier fils. Je t’aime à tout jamais.

 

Question à lui poser:

 

Est ce que tu t’es fait percuter ?

 

As tu souffert ?

 

Est ce que tu nous en veux de ne pas t’avoir trouvé de suite au terrain de tennis ?

 

Comment as tu atteri au terrain de tennis ? Est ce que c’est toi qui a trouvé la force de t’y rendre pour qu’on puisse te trouver ?

 

Est ce que tu nous en veux de ne pas t’avoir assez surveillé et que tu te sois échappé de chez nous ?

 

Pendant que je lisais je voyais ses yeux tantôt très apaisés et tantôt remplis de peine, de tristesse.

Dis-leur merci pour leur message d’amour empreint de souffrance et de culpabilité. Je suis si triste, si désolé de leur faire autant de peine. Mon départ est injuste et cruel pour eux. C’est ma famille, mon papa, ma maman et je les aime d’un amour pur, profond et inconditionnel. Ils comptent tant pour moi, et je me suis toujours considéré comme leur enfant. J’étais son fils, son garçon et j’étais leur frère à mon petit frère et à ma sœur.

Aimé, respecté et choyé comme un membre de la famille, j’ai vécu des années merveilleuses avec eux, et encore plus avec ma maman à qui je suis relié lorsque papa partait pour son travail. J’étais là pour veiller sur elle et la protéger, pour l’accompagner dans son quotidien, et ma mission consistait à lui permettra de se reconnecter à son petit enfant intérieur, à sa source et se nourrir de tendresse lorsqu’elle me chérissait. Pendant l’absence de papa, j’étais son meilleur ami et confident et compagnon à part entière. J’ai failli à ma mission, je n’ai pas terminé ce travail et elle a encore besoin de moi et de ma présence pour la guider sur son chemin.

Depuis mon départ son cœur, sa maison lui semblent bien vides et seul moi peut le combler ce vide, mais pour cela j’ai besoin avant tout qu’on m’aide à monter au paradis des animaux. Dis-leur de ne pas culpabiliser. Leur culpabilité rajoutée à ce départ brutal, pas programmé m’empêchent de continuer mon chemin et je suis si triste de la peine et de la grande souffrance que mon départ leur inflige.

De nature plutôt curieuse, en grande forme et surtout intrépide, j’étais hyper actif et j’avais besoin de bouger. Je n’ai pas résisté ce jour-là à courir après un chat, pas pour lui faire du mal, c’était plus un jeu, il était très rapide et cela m’a doublement stimulé, je l’ai suivi un petit bout de chemin. Il a traversé et retraversé la route et encore une fois sans hésiter j’ai pris le même itinéraire jusqu’à ce que cette voiture arrive très vite et me percute. Je me suis vu l’espace de quelques secondes, allongé sur l’asphalte, et pour ne pas souffrir me suis aussitôt réfugié dans mon corps astral. Je me suis vu couché sur le sol et je savais que c’était fini pour moi, qu’il me serait impossible de réintégrer mon corps physique. J’ai puisé dans toutes les forces qui me restaient, j’ai utilisé toute ma volonté pour rejoindre un endroit où je savais qu’on allait me retrouver. Je craignais trop,  en restant sur cette route qu’une autre voiture vienne m’écraser et que, de me trouver dans un état déplorable, serait terrifiant et au-dessus de tout pour vous.

C’est à moi de te demander pardon, c’est à moi de m’excuser pour ce départ si cruel et injuste pour toi. C’est vrai que j’avais tendance à aller découvrir le lieu, j’avais ce grand besoin d bouger et je ne me suis pas rendu compte du danger. Cela me fait de la peine de vous faire de la peine et tant que je reste là à errer dans ce bas-astral, je ne peux me réparer et vous, vous ne pouvez retrouver la paix et la sérénité dans votre cœur et votre esprit. Tant que je reste là au bord de cette route, ou à vous suivre dans votre quotidien, à m’accrocher à vous et vous pomper votre énergie, tu ne peux faire ton travail de deuil.

Je t’aime ma maman, je ne veux que ton bien-être et ton bonheur, et mon imprudence te plonge dans une immense tristesse. J’ai de la peine de te voir me pleurer et je suis si triste pour ma sœur et mon frère. Je sais que je vous manque à tous et mon âme qui est éternelle aspire bien entendu à vous revenir. Ce ne sera pas long, l’espace-temps n’est pas du tout le même là-haut qu’ici-bas, le tout est de me permettre maintenant d’y accéder, c’est la condition sine qua none pour me ressourcer, me réparer et préparer mon retour.

Ne pleure plus, garde confiance, dès que tu te sentiras prête et te mettras à ma recherche, je me mettrai sur ton chemin. N’en doute pas, j’ai envie de te revoir gaie et heureuse, d’être ensemble. Nous pourrons continuer notre belle aventure ensemble et je te promets d’être un peu moins foufou.

Puis il m’a dit : Je suis prêt allons-y !

Et tous les deux nous avons emprunté ce chemin gris qui au fil de nos pas devenait d plus en plus lumineux, et lorsque je me suis arrêtée devant le pont des fleurs, il m’a léché la main pour me remercier et m’a dit :

Dis-lui que je l’aime et que nous nous reverrons très vite.

Puis il l’a traversé pour se noyer dans la belle lumière de l’escalier de l’arc en ciel. Au revoir Marley repose et ressource-toi et à bientôt.