La rencontre avec Marley s’est faite sur un chemin gris, sans lumière. Il était assis comme figé, collé à cet endroit, et à ses côtés, roulé en boule, immobile comme une peluche se trouvait un chat gris. Je me suis arrêtée à une distance respectable pour ne pas rentrer dans la zone de confort et j’ai appelé Marley par son nom plusieurs fois avant qu’il ne tourne la tête ver moi, les yeux ravivés par une lueur d‘espoir, alors que quelques secondes avant son regard était vide et triste. Je pouvais y lire de la curiosité, mais j’avais aussi le ressenti qu’il était dans l’attente, et ayant capté ma pensée, il m’a dit :
Cela fait déjà si longtemps que je reste là à attendre qu’il se passe quelque chose, j’avais peur, très peur qu’on m’ait oublié et voilà que depuis hier Oslo est venu se terrer à côté de moi, et te voilà toi, un humain que je ne connais pas. Dis-moi qui es-tu ?
Je lui ai répondu qu’il ne m’avait pas laissé le temps de me présenter, je l’ai fait aussitôt et lui ai expliqué que j’avais des messages à lui transmettre et des questions à lui poser de la part de ses gardiens, et sans tarder lui ai lu le contenu :
Mon bébé, mon bidou, je commence à peine mon message que je suis submergé par la douleur, je n’arrive pas à retenir mes larmes quand je pense à toi, quand nous pensons à toi.
Avec papa nous avons beaucoup de mal à accepter ton départ si brutal. Tu as laissé un vide énorme dans notre cœur,
Nous culpabilisons car nous ne sommes pas sur d’avoir pris la bonne décision en te faisant partir, papa a le sentiment de t’avoir tué…
j’espère sincèrement que nous avons su être à la hauteur pour te donner une vie décente, j’espère que tu étais heureux avec nous malgré tes soucis de santé, les opérations que tu as subie ces dernières années.
Tes freres et sœurs sont bizarre depuis ton départ, je pense qu’ils te cherchent, je me demande si ils comprennent…
Ton grand frère Guizmo a disparu, 24 jours maintenant que nous attendons son retour, ça nous angoisse.
Nous t’aimons tellement, j’aurais tout donné pour avoir encore du temps avec toi, quand on a su que ton temps était compté, on voulait t’emmener voir la mer, finalement la vie ne nous en a pas laissé le temps….
Nous espérons de tout notre cœur que tu as trouvé la paix, que tu as pu traverser le pont arc en ciel, et que tu t’amuse à courrir après tes nouveaux amis. Tu étais un compagnon exceptionnel, bye bye bidou, on t’aime et on ne t’oubliera jamais.
Mes questions;
Avons-nous eu raison d’abréger tes souffrance ou alors tu avais juste besoin de quelques heures pour te reposer ?
Est-ce la chimio qui t’a rendu si faible les derniers jours de ta vie ou ta maladie ?
As-tu été heureux avec nous ? Avons nous été de bon parents pour toi ?
As-tu trouvé la paix ?
Pendant que je lisais je l’observais discrètement et je pouvais voir quelques larmes tomber sur ses joues et sa truffe, et son beau regard bleu devenir de plus en plus sombre. Lorsque j’avais terminé il s’est levé pour venir à mes côtés et me dire :
Je suis si content que tu sois là. Depuis tout ce temps que j’attends qu’on vienne me libérer et qu’on m’aide à faire le passage, me voilà soulagé, car j’ai besoin d’aide et eux aussi. Et encore plus maintenant qu’Oslo est venu me rejoindre. Tous les deux nous avons besoin qu’on nous guide vers la lumière. Ici ce n’est plus notre place et tant que nous restons là dans le bas-astral ils ne pourront retrouver la paix dans leur cœur et leur esprit et ils ne pourront faire leur deuil. Tant que je reste là à errer dans leur environnement au quotidien, à m’accrocher à eux et à mes compagnons, je leur puise toute leur énergie et c’est mauvais pour eux tous.
Mes frère et sœurs me voient et ils nous voient tous les deux à présent et c’est très perturbant pour eux. A tel point que Guismo pour se protéger a eu un besoin urgent de prendre la poudre d’escampette et se réfugier loin de la maison. Il est parti car de me voir dans la noirceur à vous suivre comme votre ombre lui était insoutenable, et cela a bien entendu attiré d’autres âmes en souffrance.
Lorsqu’avec Oslo nous aurons rejoint le jardin des animaux ce serait bien de faire nettoyer et purifier la maison. Guizmo, l’âme en peine aussi est en errance et j’espère qu’il trouvera le chemin pour vous revenir après notre départ. Les animaux sont des ponts entre et le monde visible et le monde invisible et nous voyons ce que vous voyez, mais aussi ce que vous ne voyez pas, et de vous voir en si grande peine alors que notre place est dans ce merveilleux havre de paix pour nous reposer et nous ressourcer, est terriblement supportable pour eux sans compter que sont les plus fragiles, donc les plus vulnérables à qui nous nous accrochons pour puiser leur énergie.
Je l’ai rassuré et lui ai dit qu’après notre échange je l’accompagnerai pour traverser le pont des fleurs. Il a poussé quelques jappements pour me dire :
A la réflexion je ne regrette plus d’avoir été obligé d’attendre tout ce temps, cela nous permet à présent, sans compter tous ceux qui se trouvent autour de nous, de rejoindre la lumière avec Oslo.
Dis-leur merci pour leur merveilleux message d’amour et dis-leur que je les aime tous les deux très fort. Mon amour pour eux est incommensurable et je sais combien ma maladie et la cruelle décision de m’aider à partir a été pour eux un choix difficile et une épreuve douloureuse. Ils l’ont fait par amour pour moi et ne doivent pas le regretter, ni culpabiliser. Ce mal me rongeait de l’intérieur et on ne pouvait plus rien pour moi.
Déjà réfugié dans le corps astral pour mieux supporter les douleurs et gérer mon état, j’étais sur mon chemin depuis l’entrée de la saison triste et morose qui fait tomber toutes les feuilles, et je préparais mon départ. J’étais prêt et je vous en suis si reconnaissant, vous m’avez, grâce à votre force et votre courage, permis de tirer ma révérence en toute dignité. J’ai fait le grand saut parce que j’étais au bout du rouleau et je manquais de force mais aussi de volonté pour me battre. C’est bien mieux de monter au paradis des animaux et me reposer et me ressourcer. Le traitement était couteux et ne pouvait plus m’aider, la maladie avait pris le dessus et vous ne devez plus vous poser de questions et vous torturer l’esprit, c’était la bonne décision et au bon moment.
Maintenant voilà, il faut l’accepter en votre âme et conscience et reconnaître que c’était la meilleure. Votre Bidou vous aime et il me tarde de rejoindre ce haut-lieu magique pour me réparer et me permettre de vous envoyer des signes et vous faire des petits coucous. Et puis quelle consolation pour moi d’emmener Oslo dans ma montée. Vous allez le ressentir aussi et le deuil pour les deux pourra se faire dans les meilleures conditions.
J’ai vécu à vos côtés même si courtes, des années de pur et grand bonheur. Je me suis toujours considéré comme votre bébé, votre enfant, votre garçon, et nous le sommes tous avec mes frères et sœurs, c’est tout simplement merveilleux, chacun a sa place privilégiée dans votre cœur et chacun se sent unique. Aimé, choyé et respecté comme un humain, j’étais un membre de la famille. Beaucoup de complicité avec toi maman, mais aussi avec papa. Je sais que je vous manque et vous me manquez aussi, mais c’est plus simple pour moi car je sais que nous nous reverrons et nous retrouverons plus tard sur un plan terrestre.
Seul mon corps physique n’est plus. Mon âme quant à elle est éternelle, elle perdure et aspire bien entendu, lorsque vous serez prêts, à vous revenir. Ce qui est le plus important et prioritaire maintenant c’est de rejoindre la lumière et je suis pressé.
Puis il s’est rapproché d’Oslo et lui a léché la tête pour lui faire comprendre que c’était le moment pour lui aussi de faire le passage, et ce dernier, suivi par tant d’autre sont venus sur ce chemin gris qui au fil de nos pas devenait de plus en plus lumineux. Lorsque je me suis arrêtée devant le pont des fleurs, j’ai promis à Oslo de venir lui parler dans quelque temps après qu’il se soit bien adapté à son nouvel environnement. Il a poussé quelques petits miaous en guise de remerciements. Maley m’a fait une petite révérence, retroussant ses babines pour me faire un grand sourire et m’a dit :
Dis-leur que leur Bidou est heureux. Grâce à eux et leur empathie tant d’âmes rejoignent le paradis. Merci, merci à tous les trois.
Puis ils ont tous traversé le pont des fleurs pour se noyer dans la belle lumière de l’escalier de l’arc en ciel. Au revoir et paix à vos âmes.
Marley chien 7 anschristiane2024-05-15T09:54:22+01:00