La connexion avec Momo s’est faite dans ce merveilleux havre de paix qu’est le paradis des animaux. Au milieu et entouré de plusieurs autres congénères, ils étaient assis, les yeux rivés sur les papillons blancs, orange et dorés qui se posaient d’un arbre à papillons à un autre, tous blancs et violets. Il y avait des abeilles qui butinaient les fleurs mellifères, des oiseaux de toutes les couleurs et de toutes les espèces gazouillaient à tue-tête, et au-dessus d’eux s’y entremêlaient des anges blancs, orange et dorés. Les herbes d’un vert fluo et des jolies fleurs très flashy, beaucoup de cœurs de Marie, des rouges, des roses, des blanches, et je ne pouvais m’empêcher de m’asseoir quelques instants pour m’habituer à la vive lumière qui m’éblouissait, et pour me ressourcer.

Je regardais Momo et ses compagnons, j’étais subjuguée par la vitesse à laquelle ils tournaient tous la tête dans tous les sens pour ne rien rater du spectacle que formaient les farandoles de danses autour des arbres à papillons. J’en ai eu le tournis, et lorsque les vertiges se sont calmés, je me suis levée et j’ai appelé Momo. Dès le 1er appel tous les chiens autour de lui se sont écartés pour me laisser la place de m’approcher de lui, et c’est lui qui tout en jappant, est venu vers moi pour me dire :

Salut, content de te revoir. Ce n’est pas trop tôt, je t’attends depuis un moment déjà. Je savais que tu viendrais, mais j’espérais que ce soit plus tôt. Oui je sais pour nous les animaux la notion du temps n’existe pas comme pour vous les humains, et encore moins ici dans l’au-delà, mais je sais que ma maman n’arrive pas à faire son deuil, je sais que je lui manque, qu’elle se morfond dans sa tristesse et qu’elle se torture encore beaucoup l’esprit quant à mon départ difficile pour elle. Je veille sur elle, mais elle s’est enfermée dans sa douleur et a beaucoup de mal à sentir ma présence lorsque je viens lui faire des petits coucous. Elle est triste, elle me pleure et cela me fait tellement de peine.

Je l’aime plus que tout, pour moi elle a été le rédempteur, celle qui m’a sauvé d’une existence compliquée et douloureuse, et j’ai pu, grâce à elle, connaître et vivre une existence de rêve. Je suis content qu’elle t’a enfin envoyée à moi, cela me montre qu’elle est maintenant sur le chemin et qu’elle va arriver à retrouver un peu de paix dans son cœur et son esprit. Je te remercie d’être là, d’être toujours là pour elle et pour moi. Tu remarques que je me sens en pleine forme et je parle, je parle, mais dis-moi, qu’as-tu à me dire ?

Et sans attendre, me laissant enfin la parole, je lui ai lu le contenu des messages de sa gardienne :

 Momo, mon grand amour,

Plus de 6 mois que tu n’es plus là.
Le vide.
Comment est-ce possible ?
La lumière, le soleil a quitté la maison.
La joie a quitté mon coeur.
J’ai beaucoup de mal sans toi.
J’ai passé une grande partie des vacances à pleurer. Mes journées étaient rythmées avec toi.
Tu n’étais plus avec moi dans ma chambre.
Ce qui me fait mal c’est que notre histoire d’amour se soit si mal finie.
Toi dans une clinique où ils t’ont trituré dans tous les sens.
Je m’en veux de ne pas m’être alarmée plus tôt de ton manque d’appétit. C’était trop tard.
Pardon si j’ai fait des erreurs dans les soins que je t’ai apporté. Comme on dit le mieux est parfois l’ennemi du bien. A vouloir trop bien faire j’ai peut-être fait des erreurs.
J’étais si bien auprès de toi. J’aurais voulu y être en permanence mais les humains ont des obligations.
Tu me manques.
Nos promenades me manquent, j’aimais tellement te suivre où tu voulais.
Mon important.
Tu es resté magnifique jusqu’au bout et je ne t’ai pas vu vieillir.
Ma belle merveille.
Quelle intelligence, quelle personnalité, on en a fait des choses ensemble !
Merci pour ces moments inoubliables.
Ton passage est passé comme l’éclair.
Il n’y a plus ton regard profond fixé sur moi.
Il n’y a plus ta belle voix qui s’élève, toi le chef de la maison.
Je n’entends plus tes griffes sur le parquet.
La porte de la salle de bain ne s’ouvre plus dans mon dos.
J’espère sentir ton odeur sur ta couverture le plus longtemps possible.
Je guette des signes de toi.
Tu es gravé dans mon coeur pour toujours.
C’est nous les amours.
Ta Ririne bien malheureuse sans toi.

Pendant que je lisais, je l’observais et je pouvais le voir tour à tour triste, quelques larmes perlaient à ses yeux, puis de nouveau le regard joyeux, rempli d’une lueur d’espoir et visiblement, vu l’intensité et la profondeur de son regard, pressé de me répondre. Lorsque je me suis arrêtée, il s’est mis à aboyer très fort et les compagnons qui s’étaient éloignés se sont rapprochés pour l’accompagner, et c’était magnifique à voir et à entendre. Dans ce haut-lieu où ne règne que la paix, il y eu pendant quelques secondes une explosion de joie, et ils étaient tous là pour se joindre à lui. Puis lorsqu’ils se furent calmés, Momo m’a fixée et son regard était ardent et doux.

Beaucoup de gratitude pour ce moment extraordinaire que tu m’as, grâce à ma maman, fait vivre. Dis-lui merci pour toutes ces années de pur et grand bonheur. Ma vie avant elle était chaotique et malheureuse. J’ai retrouvé la foi et la confiance en l’humain grâce à elle, et mon existence à ses côtés a été paradisiaque. Ici c’est le nirvana, mais le vrai paradis pour moi est avec elle, à ses côtés et sur le plan terrestre bien sûr.

Depuis mon départ elle se trouve dans une profonde détresse et se torture l’esprit avec des regrets et de la culpabilité. Il est temps pour elle de savoir que tout ce qu’elle a fait pour moi a toujours été pour m’aider, pour mon plus grand bien, et je ne peux lui en vouloir de m’avoir laissé dans cette clinique. Au contraire, je sais combien cela a été cruel pour elle, et pour moi son âme sœur étant reliée à la sienne, je ne me sentais pas seul et j’étais bien entouré. Le Deva, les êtres de la nature étaient là et je n’avais pas peur.

J’étais sur mon chemin et je ne voulais pas lui faire voir que je préparais mon départ, je ne voulais justement pas l’alarmer car je savais qu’on ne pouvait plus rien pour moi. Elle a tout tenté pour me soigner, pour pouvoir encore me garder, mais mes reins étaient usés et mon cœur fatigué, la respiration oppressante et l’appareil digestif en peine. A la clinique ils ont soulagé mes douleurs et j’étais en paix avec moi-même. Je n’avais pas peur de faire le grand saut. Grâce à elle et à toi j’ai pu tirer ma révérence dignement. Sans le Deva et les élémentaux, je serais certainement resté longtemps et peut-être encore dans son entourage, à m’accrocher à elle, à son énergie, mais j’ai eu beaucoup de chance d’être guidé, et j’ai traversé le pont des fleurs dans la lumière.

La seule peine que je pouvais porter c’était la tienne et j’en suis si désolé. Toi ma mie qui m’a sauvé, qui m’a tant apporté, de la joie, du respect et surtout de l’amour, beaucoup d’amour, je t’ai fait et je te fais encore souffrir, je suis tellement désolé. Tu n’as jamais fait d’erreur, ne culpabilise pas, tu as toujours été là pour moi et je t’aime plus que la prunelle de mes yeux. Je t’aime d’un amour inconditionnel, et même si tu as peur de me l’entendre dire, j’espère, mon âme aspire à te revenir. Tu as bien d’autres soucis, mais ne crois-tu pas que pour ton bien-être, pour ta santé surtout, et de retrouver en toi la sérénité, mais surtout la force et le courage d’avancer sur ton chemin, ce serait plus facile de m’avoir avec toi, à tes côtés ?

Tu me gardes dans ton cœur, et moi j’ai envie que tu m’ouvres à nouveau la porte de ta maison. J’endosserai le costume qu’il te plaira et je saurai être patient. Tu n’es pas prête ? Soit, j’attends et je guette les signes que tu manifesteras lorsque tu te mettras à ma recherche. Tu as besoin de moi à chaque instant, à chaque jour, la nuit et même dans tes rêves. Nous étions si complices, tu as vécu, à travers moi et moi à travers toi, et la mort ne peut pas nous séparer. Alors laisse-toi encore un peu de temps, je t’aime et je respecte ton deuil comme tu m’as toujours respecté et aimé. Ce qui compte le plus pour moi c’est de te voir à nouveau rire, heureuse, avoir envie de faire de grandes promenades pour te ressourcer, et je vais t’envoyer de bonnes énergies pour retrouver la foi et l’envie en toi.

Momo ton grand amour encore et toujours.