width=La rencontre avec Mouchou  s’est faite sur un chemin de terre triste et austère. Il était assis et scrutait le sol, la tête penchée vers l’avant. Je me suis approchée doucement pour ne pas lui faire peur, et lorsqu’il m’a entendue ou senti ma présence il a levé la tête vers moi et je pouvais lire une grande tristesse dans ses yeux. Je me suis présentée et lui ai expliqué que j’avais un message de la part de sa gardienne. Son regard changea aussitôt d’expression, je pouvais à présent y lire une lueur d’espoir.

Il est venu vers moi et je lui ai lu la missive. Pendant la lecture il s’est mis à pleurer, son regard était complètement noyé par les larmes, elles coulaient le long de son nez, de son museau, mais il ne bougeait pas et restait figé, assis sur son arrière train. Cette scène si triste, les émotions que je pouvais ressentir m’ont fait pleurer aussi. Lorsque j’eus terminé, il m’a dit :

Tu comprends ma grande tristesse, elle est en souffrance, en grande souffrance et je m’en veux tellement pour cette grande détresse que mon départ lui inflige. Cela m’empêche de partir rejoindre le jardin des animaux, elle culpabilise, elle a des regrets et cela m’empêche de faire le passage.

Dis-lui merci pour son message d’amour et surtout dis-lui que je sais qu’elle m’aime et que moi je l’aime aussi. Dis-lui que je n’ai rien à lui pardonner, je sais qu’elle ne m’a pas abandonné et je sais aussi que pour elle ce départ la plonge dans une immense douleur et qu’elle a beaucoup de regrets.

Dis-lui que je l’aime, que je me suis toujours senti aimé, et qu’avec l’arrivée des enfants il a fallu apprendre à partager et c’est ce que j’ai compris et fait tout naturellement. Mais à aucun moment je n’ai souffert, je me suis toujours considéré comme l’ainé des petits et un membre de la famille à part entière. Tu as été très occupée et ton attention s’est surtout portée sur mon grand frère qui en avait le plus besoin. Rien d’anormal à cela ni de culpabilisant. C’est déjà assez difficile à vivre pour vous tous, alors stp ma petite maman, car tu es ma petite maman et non ma gardienne, j’étais ton premier bébé, ton premier garçon et je te demande de ne pas regretter de t’être plus occupée des enfants et de celui qui en nécessite le plus l’intérêt. C’est tout naturel pour moi, le contraire ne le serait pas et cela n’a rien changé pour moi, je me suis toujours senti aimé, respecté et n’ai vécu aucun rejet ni frustration.

J’étais sur mon chemin et je préparais mon départ, on ne pouvait rien pour moi. Ce mal sournois me rongeait de l’intérieur et tu ne pouvais pas m’aider à guérir. Tu as pris la bonne décision de m’aider à partir, c’était le bon choix et le bon moment, alors ne te torture pas l’esprit et accepte maintenant cette décision, même si le chagrin que tu éprouves est énorme et te déchire le cœur, accepte en ton âme et conscience que tu ne pouvais rien de plus pour moi, et que la priorité est maintenant de me libérer pour me permettre de faire le passage, car ici ce n’est plus ma place, et tant que je reste là, entre deux, que mon âme est en errance, je ne peux me reposer et me ressourcer. Je m’accroche à ton énergie et toi tu ne peux trouver la paix et la sérénité dans ton cœur.

Tant que je reste là tu ne peux commencer ton travail de deuil et tu finiras par tomber malade, alors qu’on a tant besoin de toi dans la famille. Je sais que je te manque et c’est réciproque, mais de là-haut je pourrai t’envoyer de bonnes énergies et veiller sur toi et vous tous et vous protéger.

Et puis tu sais cette séparation n’est pas pour toujours. Mon âme est éternelle et reste reliée à la tienne, je te reviendrai lorsque le moment sera venu pour toi. Vous avez tous besoin de moi et surtout mon grand frère, n’en doute pas et j’endosserai le costume qu’il vous plaira. Garde confiance et galvanise ta peine en une grande force qui te donne amour, confiance et foi pour aider les tiens et te guider sur ton chemin. Je t’aime et où que je sois je t’aimerai toujours, et j’attendrai que tu te mettes à ma recherche pour me mettre sur ton chemin et te retrouver sur un plan terrestre pour continuer notre belle aventure ensemble. J’ai été très heureux avec toi et avec vous et je le serai encore plus lorsque tu te sentiras apaisée.

Puis il est venu à côté de moi et ensemble nous avons emprunté un beau chemin de lumière qui s’est ouvert à nous. Lorsque nous sommes arrivés devant le pont des fleurs il m’a dit merci et l’a traversé pour se noyer dans la belle lumière de l’escalier de l’arc en ciel.

Au revoir Mouchou, paix à ton âme.