width=Moumoute m’attendait sur le chemin, un chemin froid, austère qui ne donnait pas envie de s’y attarder et encore moins de s’y promener. Elle était allongée sur ses 4 pattes et son regard en disait long. Ses yeux si tristes, si désabusés imploraient de l’aide et je l’ai tout de suite rassurée et lui ai promis de l’aider à faire le passage après notre échange.

Je t’attends depuis quelques jours, j’étais à côté d’elle lorsqu’elle t’a écrit et même si ce n’est plus ma place ici et que j’aimerais partir au jardin des animaux depuis mon départ, je suis dans la maison, dans son entourage et je peux profiter de sa présence lorsqu’elle est là.

Dis-lui que je ne souffre plus physiquement, je suis bien et malgré que ce ne soit plus ma place ici, je suis heureuse de pouvoir profiter du lieu et de ne pas être obligée de me terrer seule dans le cabanon. Je n’ai jamais aimé cet endroit, je préférais avant ma cabane sur la terrasse. Je me sentais plus proche d’elle, alors qu’au fond du jardin j’étais en quarantaine et je me sentais abandonnée.

Elle me charge Moumoute de te donner des messages à ce sujet et aussi de te poser quelques questions :

Je souhaite lui dire à quel point je l’aime et l’ai aimée très fort même quand je me suis moins occupée d’elle après la naissance de mon fils (il a 6 ans et demi maintenant). Dites-lui que quand j’ai dû lui installer une cabane sur la terrasse pour y dormir, c’est que mon fils faisait de l’asthme et avait été diagnostiqué allergique aux poils de chat. Il a eu plusieurs hospitalisations pour cela et j’étais obligée de trouver une solution pour qu’elle ne passe que peu de temps à l’intérieur de l’appartement (on avait un jardin).

Je veux lui demander pardon pour m’être moins occupée d’elle, surtout depuis notre déménagement il y a un an et demi, prise par mon fils et les travaux de la maison. Mon amour était toujours aussi fort bien sûr et je regrette de ne pas avoir passé plus de temps à la câliner, alors même qu’elle prenait de l’âge et en aurait eu encore plus besoin.

Je regrette de l’avoir laissée souvent seule dans le cabanon. Dites-lui que ce sont ses pipis dans le salon et sur les lits qui ont fait que j’ai cru que ce serait une bonne solution de l’installer dans le cabanon du jardin avec sa petite cabane et des tapis chauffants. Je réalise maintenant que ce n’était pas une bonne solution car elle n’était pas avec nous, et j’aurais dû aller la chercher le soir pour la câliner. Elle venait par ci par là dans la maison, se couchait sur le canapé mais je ne prenais pas le temps de la caresser. Dernièrement elle ne venait plus, je n’ai pas compris qu’elle devait déjà aller mal, prise moi-même par la fatigue des journées de travail et des soirées à m’occuper seule de mon fils de 6 ans. En plus avec le froid de l’hiver, sortie de sa cabane elle devait avoir froid.

Dites-lui que je l’aime profondément et que j’ai compris mes erreurs. J’aimerais tant qu’une fois ressourcée au jardin des animaux elle me revienne. Dites-lui que je lui promets que je ne referai pas toutes ces erreurs et que je prendrai soin d’elle comme je prenais soin d’elle les dix premières années de notre vie commune. Dites-lui que je l’attendrai le temps qu’il faudra, que c’est elle que je souhaiterais pouvoir chérir encore et encore, et non un autre animal. Elle aura toute sa place dans la maison, plus jamais je ne la laisserai à l’écart.

Pourriez-vous lui demander si une fois ressourcée elle pense me revenir, et si oui, sait-elle sous quelle forme et quel délai ?  Je sais que sa vie dans ma maison actuelle a été moins bien qu’avant (jardin plein nord et clos sans soleil en hiver, moi prise par les travaux, les corvées ménagères, harassée de fatigue le soir). Aimait-elle quand même cette maison ? Pourquoi faisait-elle pipi au fond du salon et sur les lits cet automne ? Etait-ce dû à son problème rénal ou à autre chose ?

Enfin, mardi après-midi elle a été endormie chez le vétérinaire (après 4 jours de perfusions + retour à la maison un jour et demi + perfusion le lundi en journée + retour à la maison très très faible le lundi soir), dites-lui que j’espère avoir pris la bonne décision car je l’ai vue si faible, à vouloir quand même marcher dans le jardin mais s’allongeant tous les deux pas, ayant du mal à tenir sa tête, et plus de forces pour manger. Cela me déchirait le cœur de la voir comme ça et il m’a semblé qu’elle préfèrerait que son esprit soit libéré de son corps qui ne lui permettait plus de gambader dans le jardin. J’ai eu ensuite des regrets, j’ai eu peur d’avoir pris la décision trop vite, peut être aurais-je dû attendre quelques jours et l’amener seulement si elle ne pouvait plus se lever. J’ai tellement eu peur qu’elle souffre, ce que je ne voulais tellement pas. Est-ce que j’ai bien fait ? Le vétérinaire proposait de la garder une journée de plus sous perfusion mais je voulais la ramener à la maison quand j’ai vu qu’elle semblait à bout de force, je ne voulais pas qu’elle parte seule dans le box du vétérinaire. Mais le lendemain elle semblait si faible et frustrée de ne pas pouvoir marcher normalement, si fatiguée. J’ai cru bien faire mais maintenant je doute. Peut-être aurait-elle voulu vivre encore quelques jours et choisir son moment. Papa zébu trouvait que ça aurait été cruel de la laisser comme ça, au moins elle est partie dans mes bras mais j’ai tellement peur de ne pas avoir fait ce qu’elle aurait souhaité.

Dites-lui que Chouchou et papa zébu l’adorent également très fort et qu’elle leur manque aussi terriblement. Mes parents pleurent sa perte aussi. Je sais qu’il vaut mieux envoyer un message d’amour, alors dites-lui surtout que toute la famille l’aime si fort.

Dites-lui que je regrette de ne pas être allée la chercher le soir de cet horrible orage, la foudre n’arrêtait pas de tomber, j’avais très peur et je m’inquiétais aussi pour elle, et pourtant je ne suis pas allée la chercher, alors qu’on se serait mutuellement réconfortées. Elle a dû avoir tellement peur elle aussi.

Est-ce qu’elle va bien, est-elle dans le jardin des animaux ? J’espère que mon chagrin ne la bloque pas dans son cheminement. Mais c’est si dur sans elle, et je regrette tant de ne pas avoir eu le temps de me rattraper en ayant encore eu un peu de temps avec elle pour la câliner, la choyer, passer du temps à la caresser. Ces derniers mois je lui faisais des caresses en courant d’air, je passais vite fait dans le cabanon lui amener sa pâtée, ses croquettes et de l’eau fraiche, ses médicaments (insuffisance rénale) et je regrette tant de ne pas l’avoir embarquée le soir avec moi sur le canapé, une fois mon fils couché.

Est-elle contente de là où son corps a été placé ou n’est-ce pas si important ?

Vient-elle me voir de temps en temps ? Depuis mardi je guette un signe, un rêve, mais pour l’instant je n’ai rien capté. Reviendra-t-elle me voir de temps en temps en attendant de me revenir définitivement ? J’aurais tant envie de communiquer avec elle et d’avoir de ses nouvelles.

Moumoute, tu es mon premier bébé, je t’aime si fort, tu fais partie de moi. Tu es aussi comme une maman pour moi, et ton amour inconditionnel, ton intelligence et ta tendresse infinie me sont si précieux, j’espère les retrouver bientôt et pouvoir te donner aussi tout mon amour et ma tendresse, et tous les soins et l’attention que tu mérites tant.

J’espère que tu souhaiteras me revenir bientôt. En attendant sois très heureuse sur ton chemin, emporte avec toi tout mon amour, tu es un être exceptionnel et j’ai tant de chance d’avoir déjà partagé tant avec toi. J’ai tant envie de partager encore avec toi, notre lien est si fort. Je t’aime ma Moumoute adorée.

Je sais, j’avais compris le problème et je ne lui en veux pas d’avoir été obligée de ménager les allergies de son fils, qui a développé ces allergies parce que j’étais omni présente dans ta vie, et qu’il a tout petit, ressenti un lien très fort entre nous et qu’il a eu peur de ne pas occuper la 1ère place dans ton cœur lorsqu’il est arrié.

Je ne t’en veux pas pour ça, à lui non plus. Ce qui m’a plus fait de peine c’est que tu sois toujours tellement occupée à courir partout et que tu ne te laissais même plus le temps de me câliner alors que cela te permettait d’être centrée dans le présent, dans le ici et maintenant et te relaxait et te faisait tellement de bien.

Je sais que tu m’aimes et que ton amour pour moi était toujours très fort, mais à cause des contraintes, des obligations, tu as mis notre belle complicité entre parenthèses. Ta douleur, tes regrets et ta culpabilité t’empêchent à présent de faire ton deuil et moi ça me retient ici. C’est bien dans le sens où je suis jour et nuit à tes côtés lorsque tu es à la maison et c’est mal car je vous puise votre énergie et tant que je reste là je ne peux me reposer et me ressourcer et préparer mon retour.

Je sais que tu as compris tes erreurs et même si le soir de l’orage j’étais complètement terrifiée avec ce tonnerre et ces éclairs qui fusaient de partout, j’ai très envie de te revenir en tant que chat « écaille de tortue ». Le délai dépend de toi, occupe-toi déjà de faire le nécessaire pour le désensibiliser aux poils de chats car j’ai envie de partager votre quotidien.

La maison en soi n’est pas zen, d’où les pipis, elle mériterait un bon nettoyage énergétique, cela vous sera très bénéfique et te permettra de mieux en profiter. Moi avec ma maladie et mon manque de vitalité ne pouvait plus m’occuper de transmuter les énergies négatives, et tu as pris la bonne décision de m’aider à partir. N’aie aucun doute à ce sujet, j’étais sur mon chemin, j’étais prête, j’avais eu le temps de préparer ce départ. Mais toi tu n’étais pas prête, c’est toi, qui après l’euthanasie, a pris conscience que les ponts étaient coupés, que je n’étais plus là physiquement et que tu es passée à côté de bien de choses.

Cela m’empêche de partir même si je vois que toute la famille pense à moi et m’envoie de l’amour. Tout le monde est attristé et moi ça me fait de la peine aussi. Moi je vous aime tous aussi et sans aucune condition. Je vous ai acceptés comme vous étiez et je me suis adaptée à chacun d’entre vous et à la situation. C’est en quelque sorte une leçon de vie pour toi d’apprendre à vivre le moment présent, sans quoi les regrets et les frustrations sont grands et t’empêchent d’avancer sur ton chemin.

Non, les restes de mon corps physique peuvent être où ils sont, cela n’a aucune importance pour moi. Ce qui l’est par contre c’est que mon âme est toujours là et qu’elle aspire à remonter pour me ressourcer avant de te revenir. Le passage est obligé et j’ai besoin et toi aussi tu as besoin que je revienne te voir, car nous sommes reliées et ton cœur et la maison sont bien vides depuis mon départ.

J’ai tantôt été ton bébé et tantôt ta maman. Oui j’ai aimé être maternée et te materner aussi et mon retour t’es nécessaire car tu as, à travers les souffrances, compris maintenant qu’on doit veiller et partager du temps avec ceux qui te sont proches et moi je le suis plus que quiconque puisque je te permets de te reconnecter à ton petit enfant intérieur. Il est en souffrance en ce moment, donne-lui tout l’amour dont il a besoin.

Je lui transmets tes réponses et tes messages Moumoute, si tu es prête je vais maintenant t’accompagner jusqu’au pont des fleurs.

Je le suis, elle pourra enfin commencer son travail de deuil et moi je pourrai, en attendant mon retour, lui envoyer des signes. Elle aura besoin de mon soutien dans les semaines à venir car elle a enfin compris que la maison sans moi est une maison sans âme.

Elle s’est mise debout, elle est venue à mes côtés et le chemin très froid, très sombre s’est mis à miroiter de toutes les couleurs de l’arc en ciel. Nous nous sommes avancées et comme par magie, tout autour de nous prenait une ambiance de fête, il y avait des étoiles de toutes les couleurs, des lampions et au fur et à mesure que nous avancions, ce chemin occupait tout l’espace, et s’est présenté à nous le magnifique pont des fleurs. Je me suis arrêtée et Moumoute, avec beaucoup d’entrain, s’est rapidement mise à le traverser, et lorsqu’elle est arrivée de l’autre côté, elle s’est retournée pour me saluer et me dire :

Dis-lui que je l’aime et que moi aussi il me tarde de la retrouver.

Puis elle a gravi les marches de l’arc en ciel.

Au revoir Moumoute, paix à ton âme.