Lorsque je suis arrivée sur le chemin, Noiraud m’y attendait. Assis, le regard triste, il semblait m’attendre, et avant même que je ne me présente et lui explique les raisons de ma présence, il a levé la tête vers moi, et ses yeux si tristes reprirent des lueurs d’espoir. Il s’est mis à miauler plusieurs fois avant de venir à mes côtés pour me dire :

Je t’attendais, je savais que tu viendrais me voir, que ma maman saurait comment faire pour me parler et pour m’apporter son aide, je suis si content que tu sois là. Mon départ rapide, brutal et non programmé m’empêche de suivre ce chemin gris, maussade et qui pourtant, je sais, me mènera à la lumière. J’ai besoin de ton aide et elle aussi pour lui permettre de retrouver la paix dans son cœur et son esprit, et moi pour pouvoir me ressourcer et me réparer. Tant que je reste là, à errer dans ce bas-astral, tantôt sur ce chemin, tantôt dans leur environnement, je ne suis pas bien et eux non plus. C’est terrible pour mes compagnons, surtout pour Pistache qui sait que ce n’est plus ma place ici et ça la perturbe beaucoup. Je m’accroche à elle, à eux tous et je leur puise leur énergie. C’est mauvais pour leur santé physique et psychique.

Je l’ai aussitôt rassuré et lui ai promis de l’accompagner après notre échange, et sans tarder me suis présentée et lui ai lu les missives de sa gardienne.

« Mon petit Noiraud , cela fait déjà un mois que tu es parti , tu laisses un vide immense à la maison , Pistache te cherche , vous étiez tellement inséparables tous les deux.

Je suis si triste de n’avoir pas pu retrouver ton corps , j’aurais tant voulu te garder près de moi pour toujours .Cela me fait de la peine de savoir que tu es mort tout seul , comme ça, pas loin de la maison en plus .Je t’avais sauvé de la rue, tu es devenu mon fils. Tu n’as vraiment pas eu une vie facile. 

Tu es parti faire ta balade comme tous les jours mais tu n’es jamais revenu . Je t’ai cherché partout .J’ai beaucoup pleuré .J’aimerais savoir ce qu’il t’es arrivé? As-tu fait une mauvaise rencontre ? Est ce qu’une personne t’a fait du mal ? J’espère que tu n’as pas trop souffert. 

J’aimerais savoir comment tu te sens maintenant ? As-tu retrouvé Félix , Lilas et Lisette là-haut?

Donne-moi stp des signes de ta présence quand tu viens me voir.

Je t’aimerais toujours mon Noiraud. Ta maman Bérengère »

 

Pendant que je lisais, je l’ai observé et j’ai pu voir quelques larmes tomber sur ses joues, sa truffe, ses pattes, et lorsque j’avais terminé, il s’est secoué fort pour les chasser et m’a dit :

J’ai tellement de peine de lui faire du mal. Je suis si triste pour la souffrance que mon départ lui inflige. Elle est venue à mon secours et m’a sauvé de la rue, j’ai été si heureux avec elle et voilà qu’à cause de cet accident, je lui fais beaucoup de mal et qu’à nouveau par amour pour moi elle vient m’aider, elle te demande de communiquer avec moi et tu vas enfin m’aider à faire le passage. Elle est en grande détresse, et malgré cette grande souffrance, elle pense à moi et vient à nouveau à mon secours.

Quelle belle âme ma douce et chère maman, depuis mon arrivée chez elle je me suis considéré comme son garçon, son fils et j’étais si fier de l’être. Nos chemins se sont séparés depuis ce jour où je suis parti en balade et que j’ai eu le malheur de me faire enfermer dans un petit abri au fond d’un jardin, et j’ai attendu longtemps la faim au ventre avant que la porte ne s’ouvre à nouveau et que je puisse m’échapper. Je m’étais réfugié dans mon corps astral, j’avais peur, j’avais faim et soif et c’était un moyen pour moi de gérer mon état et de supporter cette épreuve. Je me suis précipité vers la route pour rejoindre la maison lorsque cette voiture qui ne faisait pas de bruit est arrivée et m’a percuté violemment. Je n’ai pas souffert, j’étais encore dans mon corps astral et le choc a été brutal. Je me suis vu allongé sur le sol, je savais que c’était fini pour moi, que je ne pouvais plus réintégrer mon corps physique et que je venais de faire le grand saut.

Tu ne pouvais pas me trouver, j’étais pas loin de la maison, mais mon corps a été ramassé très vite. Je sais combien c’est cruel et difficile pour toi de n’avoir pu me retrouver et me garder dans le jardin, mais tu sais ce n’était que mon enveloppe corporelle de cette incarnation et que mon âme elle, elle est toujours là, elle est éternelle, elle perdure et aspire bien entendu, lorsque tu seras prête, à te revenir. Je ne suis pas le seul, mais j’ai bon espoir, je sais que je jour viendra où nous pourrons nous retrouver.

Ne te torture pas l’esprit et ne culpabilise pas, tu t’es toujours bien occupée de moi, tu m’as apporté beaucoup  d’amour, la sécurité et j’ai repris confiance à tes côtés en l’homme et en la vie. J’ai eu de belles années, même si trop courtes, et mon existence a été une vie de rêve. Aimé, choyé et respecté comme un membre de la famille, comme ton fils, c’était du pur et grand bonheur.

Merci pour ton message d’amour, je sais que tu ne m’oublieras jamais et le moment venu nous nous reverrons. Mon amour pour toi est pur, profond et inconditionnel et de te faire de la peine me fait de la peine. Ne sois pas triste et ne me pleure plus, c’était pas de chance, d’abord pour m’ayant fait surprendre et me faire enfermer dans cette baraque, puis cette voiture qui avançait vite et sans bruit. Je sais que tu as tout fait pour me trouver, je sais que tu m’as cherché et je suis désolé pour ton chagrin.

Tu es une maman adorable, très proche de tes animaux, et ce n’est pas juste de devoir nous accompagner et nous aider à partir. Mais tu as cette faculté, tu as ce don d’aider les humains et les animaux à faire le passage, et tu le fais avec beaucoup d’amour et d’empathie, c’est merveilleux pour nous. Je t’aime si fort, mon cœur pleure ta douleur et lorsque j’aurai enfin rejoint le jardin des animaux, je pourrai me reposer et me ressourcer, je pourrai t’envoyer de bonnes ondes pour t’aider à avancer sur ton chemin.

Où que je sois je suis et je resterai toujours relié à toi et je viendrai te faire des petits coucous. Tant que je reste à m’accrocher à vous, je ne peux me manifester, mais lorsque je serai arrivé au paradis des animaux, je pourrai très vite venir vous faire des petites visites. Tu le sentiras, tu sauras reconnaître les signes, n’ai aucun doute. Nous étions très proches, nos cœurs se sont rapprochés, liés par la même souffrance, la même solitude (miroir) et tu as pu à travers moi te nourrir de tendresse et panser toutes les blessures du passé. Et toi tu as été le plus beau cadeau que la vie m’a offert.

Je t’aime et je vous aime tous, vous êtes ma famille, et de l’autre côté du voile on m’attend. Félix, Lilas et Lisette tous les 3 sont là pour m’accueillir, et j’ai hâte maintenant de les rejoindre. Nous ferons toujours partie de votre famille et nous resterons toujours reliés à vous et à votre âme.

Puis tous les deux nous avons emprunté ce chemin gris, qui au fil de nos pas devenait de plus en plus lumineux, avec des petites fleurs de toutes les couleurs et toutes les odeurs qui émergeaient à notre passage. Lorsque nous sommes arrivés devant le pont des fleurs il m’a dit :

Merci, merci, beaucoup de gratitude à toutes les deux,

Puis il m’a fait une petite révérence et a traversé le pont pour se noyer dans la belle lumière de l’escalier de l’arc en ciel. Au revoir Noiraud, repose et ressource-toi. Paix à ton âme.