La rencontre avec Oria a eu lieu sur un chemin de terre aride, elle était assisse, perdue comme une pauvre âme qu’on avait abandonnée. Je me suis approchée tout doucement. Lorsqu’elle m’a vue arriver vers elle, elle s’est levée, a remuée la queue et m’a regardée avec des yeux implorants. Je pouvais à la fois y lire de la détresse et en même temps beaucoup d’espoir.

Je lui ai expliqué que ses gardiens m’envoyaient à elle pour lui délivrer des messages et lui poser quelques questions :

Le message qu’on aura à lui faire passer comme tous les maitres, c’ est qu’elle nous manque et qu’on espère qu’elle est heureuse au paradis des animaux.

Et également que papa est triste de ne pas avoir eu autant de temps qu’il le souhaitait avec elle à cause de toutes ces heures supplémentaires et que maman est désolée de toutes les fois ou elle l’a grondée car c’était juste pour la protéger, et au final cela n’aura pas suffit car cet accident est arrivé dans notre propre jardin.

Qu’on l’aime plus que tout qu’on la considérait et considère toujours comme notre propre fille, qu’on est tellement triste. Qu’on c’est fait tatouer une patte de chien avec l’arbre de vie a l’intérieur et une pâquerette car on sait à quel point elle aimait les manger.

Au niveau des questions :

On souhaiterait savoir si elle a été heureuse avec nous ? Même si cela n’ aura duré que 5 mois.
Qu’elle nous en veut pas de ce qui c’est passé ? 

Si on la reverra un jour ?
Et comment la reconnaitre ?

Je savais qu’ils ne m’abandonneraient pas, je savais qu’il se passerait quelque chose, j’avais toute confiance en eux même si ça commençait à être long pour moi. Ici ce n’est plus ma place, mais leur grande souffrance, leur grande détresse et surtout leur culpabilité m’ont empêchée de partir au jardin des animaux.

Dis-leur que je les aime et que je ne leur en veux pas. Je sais que cet accident est terrible pour eux, mais ils ne doivent pas culpabiliser. Ils ne l’ont pas fait exprès, ils voulaient m’aider, ils ne pouvaient pas savoir, ils n’étaient pas conscients du danger et ce terrible drame les plonge dans un désarroi total.

Dis-leur que je les aime, il est mon papa et elle ma maman et j’ai vécu une vie de bébé chiot très heureuse avec eux. Ils m’ont considérée comme leur fille et je sais que j’étais tout pour eux. Ils m’ont éduquée, protégée chaque jour et ce malheureux accident est un grand choc pour eux. Je leur manque, mon absence leur pèse et ils ont tellement de regret de n’avoir pas plus pu profiter de moi et des moments qu’on pouvait partager ensemble.

Dis-leur que mon âme est reliée à eux et que je souhaite très vite leur revenir. Je n’ai pas besoin de beaucoup de temps, je n’étais pas malade et je n’ai pas besoin de me reposer et me ressourcer. Un passage au jardin des animaux est la condition pour pouvoir me réincarner dans le corps physique d’un toutou de la même race, mais tant que je reste ici, entre deux, dans leur entourage au quotidien, je leur puise leur énergie. Ils ne peuvent faire leur deuil et moi je ne peux pas préparer mon retour.

Je l’ai rassurée et je lui ai dit que je l’accompagnerai jusqu’au pont des fleurs.

Merci, dis-leur merci de m’avoir aidée et merci à toi de me libérer pour pouvoir espérer très vite leur revenir. Je sais qu’ils espèrent que je sois heureuse au paradis des animaux, mais moi ce que j’espère encore plus, c’est que nous puissions très vite nous retrouver et que je puisse reprendre ma mission auprès de lui.

Je lui étais reliée, il est mon gardien et je me dois de l’ouvrir à l’amour inconditionnel. Ma maman, je l’ai aidée à se reconnecter à son petit enfant intérieur et lui donner la joie de materner.

Je suis leur petite fille et mon absence les rend tristes, la maison et leur cœur leur semblent bien vides depuis mon départ. Ils ont besoin de moi sur un plan terrestre pour leur permettre de retrouver le soleil dans leur corps et esprit, et moi, après un aller/retour, j’ai hâte de les retrouver.

J’étais à leur côté lorsqu’ils se sont fait tatouer la patte de chien avec l’arbre de vie, symbole de renaissance et il me tarde de lécher et mordiller la pâquerette.

Là, Oria s’est mise à aboyer joyeusement, à tourner sur elle, autour de moi. Elle poussait sa tête contre moi et je pouvais lire de la joie et beaucoup d’espièglerie dans son regard. Puis elle m’a dit :

Emmène-moi maintenant au pont des fleurs, je suis impatiente et pressée de faire le passage. Dis-leur que ce sera très court et qu’ils se fassent confiance lorsqu’ils me chercheront, je viendrai sur leur chemin et ils sauront me reconnaître au 1er regard.

Puis elle s’est avancée sur ce chemin triste qui s’est transformé en un beau chemin de lumière. Je devais presque lui courir après tellement elle se dépêchait, et lorsque nous nous sommes arrêtées devant le pont des fleurs, elle m’a dit :

Merci, dis leur merci de m’avoir aidée pour le passage et dis-leur de se mettre à ma recherche maintenant.

Puis à toute vitesse elle a traversé le pont et s’est noyée dans la belle et vive lumière de l’escalier de l’arc en ciel.

Au revoir Oria, à très bientôt !