Lorsque je suis arrivée sur le chemin Oscar m’y attendait. Il était assis et avait l’air plus que perdu. Lorsqu’il m’a vue il a levé la tête vers moi et ses yeux exprimaient une grande, une immense tristesse. Je me suis présentée et lui ai expliqué que j’avais des messages à lui transmettre de la part de sa gardienne et qu’elle aimerait aussi lui poser quelques questions. Avant même que je ne lui lise le contenu, ses yeux ont repris une lueur d’espoir, son regard terne est redevenu brillant et il m’a dit :

Cela fait du bien de te voir, cela me soulage, me rassure parce que depuis tout ce temps que je suis là comme collé sur ce chemin ou en train de l’accompagner dans son environnement et de leur pomper leur énergie, de la scotcher comme son ombre, aussi bien elle que moi avons besoin de ton aide. Ici ce n’est plus ma place et pour me permettre de me reposer et me ressourcer et m’aider à faire le passage j’ai besoin de toi, et ma maman aussi. Ce n’est pas me gardienne, elle est ma maman, ma maman de cœur et elle est aujourd’hui en grande souffrance. Tous les deux nous avons besoin de ton aide, et lorsque j’aurai rejoint le paradis des animaux elle se sentira mieux, elle sera apaisée et pourra enfin commencer son deuil.

Jusque-là même si elle a pris la terrible décision de m’aider à partir pour éviter de me faire souffrir, elle n’arrive pas à me laisser et se torture l’esprit à me demander pardon pour le cruel choix qu’elle a fait.

Je lui ai enfin lu le contenu des missives de sa gardienne :

Oscar, mon Amour, 

J’espère que tu es heureux et en paix là où tu te trouves actuellement. Avant tout, je te remercie de tout mon cœur pour ces 17 ans passés à mes côtés en compagnie de Méphi, puis Hélios. Je t’aimerai toute ma vie. Tu me manques tellement que je n’ai pas de mots pour décrire le vide que tu as laissé dans ma vie. Tu étais mon ange terrestre, mon protecteur, mon maître spirituel. Tu m’as tant appris. Je n’ai jamais connu un chat aussi drôle que toi. Tu étais mon rayon de soleil! Je te remercie infiniment pour ta gaieté et ta joie de vivre. Tu me faisais tellement rire!

Sache qu’avec énormément de douleur j’ai choisi la dernière piqûre (l’euthanasie) pour t’éviter des souffrances supplémentaires. Je t’en demande PARDON. Je te demande PARDON également pour toute les fois où je me suis énervée à cause des réveils nocturnes quasiment quotidiens depuis 4 ans causés par tes cris ou ta nouvelle passion : le chant. Pourquoi le faisais-tu? 

Je voulais savoir comment tu te sentais en ma compagnie et si tu souhaites revenir dans ma vie un jour? Je ne désire que cela, sache-le!

Tu manques énormément à Hélios qui t’attend également avec impatience. Il t’a tant aimé comme toi, tu l’as aimé. Nous t’attendons mon Amour. 

Oscar, as-tu le(s) message(s) à me transmettre? Veux-tu me dire quelque chose? Je t’en remercie par avance. Je t’aime et t’attends. 

 

Tu vois, elle me demande pardon, pardon pour tout, elle culpabilise alors qu’elle n’a vraiment aucun regret à avoir, alors que pendant toutes ces années elle était là, elle m’a aimé, choyé et câliné comme son bébé, son petit garçon, oui j’étais son enfant et si fier de l’être. Nous avions une telle complicité ensemble, nous étions tellement fusionnels et elle avait besoin de moi pour se reconnecter à son petit enfant intérieur, pour lui donner de l’amour à travers moi, et tout en étant un chat de type timbre-poste avec la mission de lui apprendre le détachement affectif, j’avais aussi une mission de chien pour l’aider à s’ouvrir à l’amour inconditionnel. J’étais heureux de pouvoir l’accompagner toutes ces années, et c’était pour moi du pur et grand bonheur de la voir rire lorsque je faisais le clown. J’avais ce don de la surprendre et toujours au moment où elle ne s’y attendait pas et ça lui mettait du baume au cœur et la faisait rire de mes espiègleries et de ma joie de vivre. Elle était heureuse de voir nos jeux coquins, prendre du plaisir à l’amuser, et plus elle riait, plus j’en rajoutais.

Dis-lui qu’elle n’a vraiment rien à se reprocher et qu’elle n’a vraiment pas besoin de me demander pardon, c’est plus à moi de le faire pour les insomnies que je lui causais. Ne regrette rien et ne me pleure plus, tu as pris la bonne décision et au bon moment, et surtout tu nous a, à Hélios et moi, permis de nous dire au revoir, et crois-moi c’était un moment certes très douloureux pour toi, mais libérateur pour moi.

Seulement voilà, depuis ta souffrance est telle, ta détresse est tellement immense que moi, après avoir fait le grand saut, je me sens retenu ici et j’ai du mal à continuer ce chemin qui au fil des jours qui passent devient de plus en plus gris et austère, et me donne de moins en moins le courage de l’emprunter. Tant que je reste là je ne peux me reposer ni me ressourcer et encore moins préparer mon retour, et toi ma maman tu ne peux retrouver la paix dans ton cœur et ton esprit. Je m’accroche à vous, je puise votre énergie et c’est très perturbant pour Hélios qui peut encore me voir, alors qu’il sait que je dois faire un petit passage au jardin des animaux pour pouvoir vous retrouver sur un plan terrestre.

Je sais que je te manque et que tu as besoin de moi et de mon énergie pour te sentir pleine à l’intérieur de toi. Malgré la présence d’Hélios, tu te sens complètement vide, démunie et la maison est sans âme. J’étais là pour t’apporter force et courage, et depuis mon départ tu te sens abandonnée comme si les jours étaient nuits, comme s’il n’y avait plus de lumière et tu as besoin de ton rayon de soleil pour continuer ta route.

Lorsque je criais la nuit ou lorsque je chantais c’était parce que je sentais mes forces décliner, et la nuit plus que jamais ça devenait oppressant, et mes cris me permettaient de me libérer. Désolé de t’avoir causé des nuits difficiles. J’étais sur mon chemin depuis le printemps de l’année passée et je préparais ma transition à mon rythme, j’étais prêt ma petite maman à rejoindre ce haut-lieu magique car c’est la seule solution pour me permettre de me réparer, me ressourcer et de te revenir dans un corps physique en pleine forme et en bonne santé.

Moi aussi je t’aime d’un amour incommensurable, tu ne peux savoir combien un petit être, un petit luron comme moi peut aimer une maman aussi adorable, une maman aussi pleine d’amour et d’empathie pour son prochain. Tu es une belle âme et je n’étais ni plus ni moins que ton miroir. J’étais toi, tu étais moi et nous nous retrouverons très vite, n’aie aucun doute. Un petit passage au jardin des animaux est la condition sine qua none, après ça ira très vite et il ne tiendra qu’à toi à te mettre à ma recherche, et je me mettrai de nouveau sur ton chemin. Mon âme perdure, elle reste reliée à la tienne et n’aspire qu’à vous retrouver. Ce sera une évidence pour toi, tu sauras me reconnaitre au premier regard.

Puis il est venu à côté de moi et ensemble nous avons empruntés ce chemin gris, qui au fil de nos pas devenait de plus en plus lumineux. Lorsque je me suis arrêtée devant le pont des fleurs il m’a dit :

Merci, dis à ma maman que je lui si reconnaissant de nous permettre aujourd’hui de nous libérer pour nous retrouver à nouveau dans quelque temps, et dis-lui qu’en attendant mon retour, je lui enverrai de belles ondes, son rayon de soleil continue à la protéger et lui envoyer de la lumière divine.

Puis il l’a traversé et s’est noyé dans la lumière de l’escalier de l’arc en ciel. Au revoir Oscar, à bientôt.