Poppy m’attendait sur le chemin assise sur son arrière train et me regardait d’un air très triste. Lorsque je lui ai expliqué que sa gardienne avait un message pour elle, elle m’a dit :

Ce n’est pas trop tôt qu’elle se soit décidée à me l’écrire, je suis partie depuis 5 mois, mais toujours accroché à elle car sa souffrance, sa douleur m’empêchent de faire ma transition. Elle se morfond, elle rumine, elle culpabilise et n’arrive pas à passer à autre chose. Je suis constamment dans ses pensées et c’est terrible pour elle. Ce n’est presque plus supportable pour elle tellement elle se torture. Elle ne vit pas dans le présent, elle vit dans le passé et ressasse sans arrêt notre histoire depuis qu’elle m’a adopté à la SPA.

C‘est très juste Poppy ? je vais maintenant te demander d’avoir un peu de patience pour te lire ses messages.

Tu comprends à présent combien elle se torture ? Combien elle a du mal à vivre dans le ici et maintenant ? Elle ne vit que dans les souvenirs et se culpabilise beaucoup. Dis-lui que je l’aime et que je suis très triste de la voir dans cet état. Si elle n’arrive pas à faire son deuil, elle va faire une dépression et aura d’énormes difficultés à s’en sortir.

Dis-lui, explique-lui que j’étais sur mon chemin depuis un certain temps, elle n’a pas voulu le voir parce que ça ne l’arrangeait pas et pourtant elle a de l’intuition et savait que je n’étais pas éternelle. Qu’elle arrête de se turlupiner l’esprit, qu’elle me laisse partir au jardin des animaux, j’ai mérité de m’y reposer et de m’y ressourcer. Elle a fait le bon choix de m’aider à partir, le seul problème c’est que elle, elle n’était pas prête. Elle est tout de suite sortie de son corps lorsqu’elle a entendu le diagnostic et n’arrivait plus à maîtriser la situation. C’est bien dommage, elle aurait dû se laisser 2/3 jours pour encaisser le choc et accepter l’idée que j’étais sur mon chemin et se préparer à mon départ. Je ne souffrais pas autant que ça, c’était supportable et moi aussi je n’étais plus dans mon corps, donc tout devenait plus facile à vivre.

Mais rassure-la je n’ai pas eu peur, j’ai bien compris que mon heure était venue et je l’ai vécu comme un acte d’amour de sa part. Et tout a été fait pour que je parte dans de bonnes conditions avec amour et respect.

Seulement voilà, tu n’arrives pas à assumer ce départ et de ce fait, ne me permet pas de partir me reposer et me ressourcer. Je sais qu’ils sont nombreux à m’attendre derrière la porte pour m’accompagner au paradis des animaux, il faut juste que tu m’aides, que tu me donnes le droit de le franchir.

Si j’étais déjà avec toi avant cette incarnation ? Bien entendu que nous étions déjà ensemble avant, et nos retrouvailles ont été une évidence pour toi tu ne peux pas le nier. J’étais déjà chez toi en tant que chien et si je me suis retrouvée dans ce refuge, c’était parce que je savais que tu viendrais m’y chercher. Je ne peux pas te dire mon âge, je n’en ai aucune idée et c’est un critère inexistant pour nous les animaux. La personne qui s’est occupée de moi pendant mes premières années d’existence était une personne pas méchante, mais un homme totalement irresponsable. Il a adopté tous les chiens errants et n’a pas été en mesure de nous nourrir et nous soigner. Nous avons tous manqué de protéines et d’éléments nutritifs.

Oui j’ai eu une portée de chiots et eux aussi manquaient de nourriture, ce qui empêchait leur croissance. Et pour finir nous  nous sommes tous retrouvés au refuge, mais dans le fond ce n’était pas une mauvaise personne. Mais comme tu l’as constaté, je n’ai jamais été fugueuse, bien au contraire et j’ai vécu de belles années à tes côtés.

Oui tu as été une maman pour moi et tu me maternais comme un bébé. C’était à la fois rassurant et réconfortant. Je n’en demandais pas plus, vieillir est l’ordre normal des choses, un peu plus vite pour nous les animaux que pour vous les humains qui restez bien plus longtemps dans le même corps physique. Mais c’est la loi de la nature. Pour nous ça ne pose pas de problème, à condition qu’on nous laisse partir et ce que j’espère pouvoir faire après mon échange et après avoir répondu à tes questions.

Je commençais à vieillir, à avoir des petits soucis  et bobos liés à la vieillesse et je préparais mon départ. Le hic, c’est que j’étais consciente du mal que tu allais ressentir et j’ai essayé de te le montrer le moins possible. Ce mal qui me rongeait depuis plusieurs mois devenait de plus en plus réel et j’avais souvent mal au ventre J’avais besoin de manger pour ne pas trop en souffrir, et ‘est vrai que je mangeais tout ce que je trouvais, même les crottes des autres. Excuses-moi, mais ce n’est pas ça, ni la nourriture ou la cigarette qui m’ont rendue malade. Mais ne culpabilise pas si tu n’as rien vu, c’est que je ne voulais pas t’inquiéter, je ne voulais pas que tu voies car je savais que ce serait la panique totale.

Etre là, à tes côtés dans les moments difficiles était ma mission. J’étais là pour t’aider à surmonter du mieux possible tous les déboires de la vie. C’est la raison pour laquelle on m’a guidée vers toi (père, grand-père). Et si je suis passée voir Hubert, c’est parce que lui aussi avait besoin qu’on l’aide, lui aussi n’a pas réussi à faire le passage et tous les deux attendons de l’aide pour le faire. Si tu veux bien fait appel à un passeur d’âme pour lui.

Pourquoi être partie la veille de Noël ? J’aurais pu tenir quelques jours et passer les fêtes avec toi, mais tu es une personne qui inconsciemment se sent obligée de se faire du mal. Tu as besoin d’apprendre à lâcher prise, à vivre dans le présent. Moi j’ai oublié aussitôt les mauvais souvenirs, les 2 intoxications. Moi j’aspire à une vie plus zen avec toi à mon retour, je sais que tu m’aimes à la folie, moi aussi je t’aime et j’espère que tu auras enfin le courage de transvaser mes cendres lorsque je serai arrivée à bon port. Tu le ressentiras et pourras enfin commencer à faire ton deuil. Et de là-bas je pourrai vous protéger et vous envoyer des signes et de bonnes énergies. Je suis reliée à toi et le resterait toujours, je ne serai jamais très loin de toi.

Je lui transmettrai tes messages et tes réponses Poppy. Es-tu prête maintenant à passer cette porte où l’on t’attend pour te guider jusqu’au paradis des animaux ?

Oui je le suis et il me tarde d’y arriver.

Elle s’est mise debout, elle a fait une pirouette autour de moi, je l’ai caressée et ensemble nous nous sommes avancées sur le chemin qui s’illuminait de toutes les couleurs de l’arc en ciel. Je me suis arrêtée peu avant la porte et lorsque celle-ci s’est ouverte, Poppy s’est mise à aboyer très joyeusement, elle venait de retrouver des amis, des congénères et était heureuse de se sentir libre de les suivre.

Au revoir Poppy à bientôt !