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J’ai rencontré Salopette, assise sur un chemin de terre sec et rocailleux. Je me suis présentée à elle et lui ai expliqué que sa gardienne me demandait de lire une lettre pour elle. Son regard très triste s’est mis à changer d’expression, je pouvais y lire à la fois de la curiosité mais surtout ses yeux ternes s’illuminaient et je pouvais y voir des lueurs d’espoir.

Que je suis contente de te voir, dis-moi, dis-moi ce qu’elle veut me dire ?

Je lui ai lu le courrier et très touchée par la missive de sa gardienne, je sentais les larmes monter, surtout que je pouvais voir que les yeux de Salopette étaient très larmoyants et que le trop plein coulait le long de ses joues.

Salopette, bébé chat d’amour, fifi…

Tu es entré dans ma vie, dans mes jours, dans mes nuits…
Parce que c’est toi
Parce que c’est moi
Parce que c’était écrit comme ça
Parce que sans toi
J’n’existe pas
Et ce sera toujours comme ça
Mon amour

Ce 2 avril 2019, une partie de moi est morte.

J’ai perdu un enfant.

Tu as fait partie de notre vie pendant 15 ans.

Que ce fût difficile pour moi, de te retrouver là, allongée sur le tapis de la salle de bain…cette image me poursuivra à jamais.

J’ai hurlé, au moins pendant 15 minutes, de douleurs. Je n’ai pas dormi pendant plusieurs jours et depuis dimanche je recommence à ne plus arriver à dormir.

J’ai des crises d’angoisses par moment, des gros maux de ventre…

Manger de la viande ou préparer de la viande est très dur pour moi, car à chaque fois tu étais à côté de moi pour que je te donne un morceau.

Il a fallu que j’enlève le tapis de la salle de bain où tu as laissé ton dernier souffle.

Rentrer dans la salle de bain et voir ce tapis a été une terrible épreuve pour moi.

J’avais toujours l’impression de te voir allongée dessus sans vie. Je ne pouvais pas marcher dessus.

Depuis que je l’ai enlevé, ça devient moins compliqué.

Je me bats tous les jours, pour aller mieux, car je veux que tu sois heureuse et que tu ailles au pays des chats où tu seras bien.

Mathéo a été très affecté par ton départ, mais il ne le montre pas. Il dit juste « on savait qu’elle allait partir bientôt, donc je me suis fait une raison. Elle me manque. »

Mathéo pense que c’est de sa faute, avec ses crises, que ça n’a rien arrangées à ton état de santé.

Coline, elle, elle est trop petite et ne se rend pas trop conte de ce qui se passe, mais elle parle de toi souvent.

Ton papa, quand à lui n’a jamais pleuré devant moi. Mais je sais qu’il souffre de ton absence. Pour lui, tu es toujours là et il te cherche, car il ne t’a pas vu morte.

Nous attendons, pour récupérer tes cendres. On veut te récupérer auprès de nous.

Je n’arrête pas de penser à cette nuit du lundi au mardi où tu as pleuré toute la nuit.

Je me suis levée pour voir ce que tu avais, je pensais que tu voulais boire ou manger, mais rien de cela. Je ne comprenais pas ce qui se passait et vu que j’étais fatiguée, je suis retourné me coucher. Le lendemain matin, tu n’étais vraiment pas bien, tu as pleuré quand j’étais sous la douche. Après tu t’ais allongé sur le tapis, tu avais de drôle de yeux. J’ai senti à ce moment-là, que j’allais te perdre à jamais (je me suis allongée à côté de toi sur le tapis, par terre et je t’ai fait un câlin et je t’ai dit que je t’aimais) et pourtant je me suis occupée de Coline et je suis partie au travail. J’ai dit à Mathéo que tu n’étais pas bien et qu’il fallait te surveiller.

Il m’a envoyé un sms pour me dire « il y a la fifi qui a pas l’air d’aller ». Il m’a dit qu’il t’avait fait une caresse avant de partir au collège et que tu avais pleuré. Il m’a dit ce week-end « une fois que j’étais en bas, elle ne pleurait plus…peut être qu’elle est morte à ce moment-là ? »

Je m’en veux tellement de t’avais laissé seule, j’aurais dû rester auprès de toi…

Je ne sais pas si tu nous disais au revoir ou si tu essayais de nous dire que tu n’étais pas bien.

Ce qui est bizarre, c’est que le lundi soir, tout aller bien, tu étais sorti dehors avec nous, tu es venue au lit avec moi me faire un câlin.

Et en l’espace de quelques heures, tout à basculé…

J’ai l’impression que tu t’ai fait empoissonner. Je ne t’ai pas retrouvée morte comme ça les yeux fermés…non tu avais la gueule ouverte et les yeux ouverts. J’ai cette drôle d’impression que tu as souffert et ça c’est encore plus dur à encaisser.

J’ai tellement envie de te serrer dans mes bras et te faire un énorme câlin et dire pour la millième fois que je t’aime.

Il ne se passait pas une journée, sans que je te le dise. Je devais te soûler parfois…

Je pourrais écrire un livre à ton sujet, mais là n’est pas le but.

Tu peux partir tranquille, va vivre une nouvelle vie heureuse dans le paradis des chats. Tu y seras bien…vas-y…je te laisse faire ton chemin…n’oublie pas que je t’aime c’est tout.

Après lui avoir lu le message, je me suis arrêtée un petit instant pour évacuer mes émotions et me centrer dans le moment présent, je voyais Salopette se frotter les yeux avec ses pattes.

J’ai eu une vie de rêve auprès d’elle, elle était ma maman, j’étais son bébé, sa fifi et j’ai connu des années merveilleuses, toujours entourée d’amour et de tendresse. Je suis désespérée de la savoir dans une telle souffrance depuis mon départ. Sa vie a basculé et elle n’est plus du tout ancrée dans l’instant présent, dans le ici et maintenant. Elle est en grande souffrance et ressent de l’incompréhension et une grande culpabilité. Malgré sa douleur, elle ne pense qu’à moi, elle fait tout ce qu’elle peut pour que tu m’aides à partir au paradis des animaux.

Je suis heureuse et soulagée de savoir que tu m’aideras à faire le passage, mais j’aimerais d’abord lui dire merci, merci pour tout le bonheur et surtout, surtout merci de m’avoir toujours considérée comme son enfant. Merci de m’avoir élevée et considérée comme un membre de la famille, comme un être à part entière, je me suis sentie tout ce temps être un pilier, une présence importante dans la maison.

Ma petite maman, moi aussi je t’aime et je te l’ai montré tant de fois. Nous sommes reliées toutes les deux, mon âme est éternelle et nous le resterons toujours. Nous étions très fusionnelles, nous étions déjà ensemble (chat) et j’étais là pour t’aider à avancer sur ton chemin. De type timbre-poste, j’étais à ton service pour t’apprendre le détachement affectif, pour t’apprendre à vivre et à aimer sans dépendance ni co-dépendance, pour t’aider et te permettre de construire ta vie sans souffrir des carences affectives et te donner la possibilité de te nourrir de tendresse lorsque tu me chérissais, lorsque tu me câlinais.

Et cette mission est très loin d’être terminée, tu as encore besoin de moi sur ce plan terrestre pendant de longues années. Seulement pour pouvoir me reposer et me ressourcer, il est nécessaire pour moi de faire un petit passage au jardin des animaux. Tant que je reste là, je ne peux préparer mon retour, et toi tu ne peux commencer ton deuil. Un passage dans l’au-delà est la condition sinequanone pour toi et pour moi, et lorsque j’aurai fait le passage, tu te sentiras apaisée et tu retrouveras la paix dans ton cœur et ton esprit.

Mon départ a été rapide, brutal, je n’ai pas vraiment eu le temps de le préparer, mais je sentais depuis quelque temps une forte pression dans ma tête (AVC). Les douleurs étaient intenses ce soir-là, et toute la nuit et je me suis réfugiée dans mon corps astral pour mieux les supporter.

Tu ne pouvais pas savoir, ne te culpabilise pas, on ne pouvait plus rien pour moi et j’ai souhaité partir à la maison plutôt que tu m’emmènes pour m’aider à partir. Je sais combien ce choix aurait été difficile pour toi. J’ai pleuré pour vous faire comprendre que je n’allais pas bien, mais j’ai surtout pleuré parce que j’avais compris que le moment de se séparer était venu et que tu allais le vivre très mal.

Ne te torture pas l’esprit, tu ne pouvais plus rien pour moi, c’était une attaque sournoise, rien à voir avec un empoisonnement et tu as bien fait de partir à ton travail.  Mon désir ce matin-là était de partir à la maison, lorsque vous ne seriez plus présents et la caresse de Mathéo a été pour moi la caresse de la libération, je savais que c’était la fin.

Maintenant il est important, pour ne plus puiser dans votre énergie et te permettre de faire ton deuil, de rejoindre le jardin des animaux. Pour mon papa, tant que je reste là c’est aussi très perturbant et il se sentira mieux après mon départ.

Je te dis merci pour ton merveilleux message d’amour, ne regrette rien et ne te torture plus l’esprit. Tout ira mieux lorsque je serai au paradis des animaux, tant que je reste accrochée à toi je te pompe ta force et tu finirais par tomber malade. De là-haut je continuerai à vous protéger et je pourrai t’envoyer des petits signes, et surtout je pourrai commencer à préparer mon retour.

Une vie sans moi n’est pas envisageable pour toi, tu as encore besoin de moi et mon âme, elle aussi souhaite te revenir très vite sur un plan terrestre pour partager votre existence. Ce ne sera pas très long, aussitôt que tu seras prête et te mettras à ma recherche, je me mettrai sur ton chemin.

Je t’aime ma maman chérie.

Puis elle est venue à mes côtés et ensemble nous avons emprunté le chemin qui s’est illuminé de toutes les couleurs. Arrivées devant le pont, elle m’a dit :

Merci, merci à ma maman, je l’aime.

Puis elle a traversé le pont et s’est noyée dans l’escalier de l’arc en ciel.

Au revoir Salopette, paix à ton âme !