width=La rencontre avec Sushi s’est faite sur un chemin de terre très austère, il m’attendait et m’a regardée avec des yeux empreints d’une immense tristesse. Je me suis présentée, je lui ai expliqué que sa gardienne m’envoyait vers lui et il m’a répondu :

Oui je sais, impossible pour elle de faire son deuil tant que je suis dans son entourage et impossible pour moi de partir tant qu’elle est dans cette souffrance. J’en suis triste et malheureux pour elle et cela m’empêche de rejoindre le jardin des animaux.

Je lui ai expliqué que je savais tout ça et que je l’aiderai après lui avoir donné le message de sa gardienne et posé quelques questions, à passer le pont des fleurs et accéder au paradis des animaux.

Je suis heureux, ça fait trop de temps que j’attends ce moment car même si elle n’a pas voulu le reconnaître, si elle n’a pas voulu l’accepter, j’étais sur mon chemin depuis presque un an et mon état physique s’était vraiment dégradé ces dernières semaines.

J’ai eu la chance de pouvoir passer tant d’années auprès d’elle et j’ai eu une vie remplie d’amour. C’était parfois un peu difficile lorsque les enfants étaient plus petits car ça chahutait beaucoup, mais je me suis toujours considéré comme leur grand frère. Oui j’étais son petit garçon aussi, le premier, et ma vie dans leur famille fut synonyme de bonheur.

Qu’elle ne s’inquiète pas, j’étais sur mon chemin,  j’avais bien préparé mon départ et le moment était venu pour moi de faire le grand saut. De partir dans un dernier souffle dans ses bras, était une joie immense car c’était mon souhait. Je n’avais pas envie qu’on m’aide à partir, je souhaitais faire la transition à mon rythme et j’ai eu la chance, grâce à ce vétérinaire qui manque grandement d’empathie, de partir sans euthanasie. Il n’y a pas de hasard, dis-lui que si cet homme a refusé de nous recevoir la première fois, c’est, j’en suis certain, parce que mon vœu était de partir sans la contraindre à prendre cette terrible décision qui lui coutait tant.

J’étais ton petit garçon, c’était un peu comme si tu m’avais donné la vie, et c’était trop difficile pour toi de me l’enlever. Je l’avais compris depuis fort longtemps et j’ai bien géré les douleurs. C’était supportable même la dernière nuit que tu as passé à mes côtés, et mes gémissements n’étaient pas des gémissements de souffrance physique, c’était plus des pleurs, des pleurs pour toi, des pleurs de savoir que tu étais en grande souffrance psychique et que tu paniquais et avais du mal à gérer la situation.

Mais n’aie aucune crainte, tu as fait ce qu’il fallait faire. Tu étais à mes côtés pour partir de l’autre côté et je sais que tu m’aimes et moi aussi.

J’aimerais Sushi te lire son message et ses questions :

Mon petit Sushi avait 16 ans quand il est parti le 26 novembre dernier.

Etait-ce son heure ? Le savait-il ? Aurais-je dû faire le scanner et l’opération mais je ne voulais pas qu’on le « charcute » pour un petit répit ?

Mais cela l’aurait-il sauvé finalement ?

 Pourquoi errait-il parfois dans la maison comme s’il était perdu, il se dirigeait vers le grand miroir et le fixait puis je le voyais me regarder dans le miroir. Y avait-il une signification ? Voyait-il quelqu’un / l’invisible ? Il se dirigeait souvent vers les murs / dans l’encoignure des portes.

La nuit de son agonie, comment l’a-t-il vécue ? A-t-il souffert ? Il a gémi au matin. Sont-ce ses organes qui ont lâché ?

 A-t-il su que je n’arrivais pas prendre la décision de l’euthanasie.

L’ai-je retenu ? A-t-il eu un sursis (après détresse respiratoire où j’avais été chez la veto de garde le 16 oct.), aurait-il dû partir quelques semaines avant déjà ?

Encore une fois, je sais que tu m’aimes et je l’entends lorsque tu me parles, lorsque tu m’appelles. Cela te fait du bien, mais te fait aussi du mal. Tu dois accepter de me laisser partir pour que je puisse me reposer et me ressourcer. Ici ce n’est plus ma place et tant que je reste là, je puise votre énergie et je vous empêche de faire votre deuil. Surtout toi ma maman d’amour.

Tu as bien fait de refuser toute investigation supplémentaire , J’avais un bel âge et je mérite maintenant, que ma mission est terminée, de remonter me reposer et me ressourcer quelque temps avant de te revenir pour un nouveau travail auprès de toi. Tu as su, par ta grande détermination, me garder encore quelques semaines de plus et fort heureusement refusé l’euthanasie car mon heure était venue. Aussi bien mon cœur que ma tête et tout mon corps ont lâché.

Oui j’ai souffert d’un problème à la tête et je me sentais souvent perdu. J’avais des absences et par moment des difficultés à savoir où je me trouvais. Ces problèmes neurologiques (tumeur) m’ont perturbé et j’avais l’impression de ne plus être moi-même. Ce n’était pas douloureux mais ça me créait des peurs et des angoisses. J’avais du mal à reconnaître les lieux, à te reconnaître, je voyais des formes, des ombres et je cherchais des repères (murs, encoignure des portes). Cela n’a rien à voir avec des êtres invisibles rassure-toi, ils en passent mais ne restent pas.

Ma mission consistait à la protéger, à l’aider à se reconnecter à son petit enfant intérieur et le chérir lorsqu’elle me câlinait. J’étais là pour qu’elle arrive à faire la paix avec elle-même et l’aider dans son rôle de mère, l’aider à élever et éduquer ses enfants. J’ai bien réussi cette mission et je lui reviendrai sous la même forme pour reprendre ce travail et l’amener à les rendre indépendants et voler de leurs propres ailes lorsque le moment sera venu.

Lorsqu’elle se mettra à ma recherche, elle n’aura aucun doute, elle saura qui je suis au premier regard et qu’elle ne doute pas, c’était bien mes cendres, c’était bien moi dans la petite urne. J’étais là à ses côtés dans ce dernier recueillement, cette dernière étape et de me voir froid et recroquevillé sur le chariot l’a énormément choqué.

Dis-lui que ce n’était que mon corps physique, mon vieux corps usé, endolori et malade qui était couché là. Mon âme, elle est éternelle et restera toujours reliée à elle. Qu’elle y croit, c’est important, car mon âme lui restera toujours fidèle et se réincarnera dans le corps d’un autre chien qu’elle aimera et chérira tout autant et encore plus car il y aura le plaisir, la grande joie des retrouvailles. C’est important de le savoir, cela doit lui permettre de commencer son deuil et d’attendre mon retour.

Je lui transmettrai tes messages et tes réponses Sushi. Es-tu prêt maintenant à rejoindre le paradis des animaux ?

Oui je le suis, de là-haut je pourrai lui envoyer des signes.

Puis il s’est mis debout à côté de moi et ensemble nous avons emprunté le beau chemin de lumière qui s’ouvrait à nous. Arrivés au pont des fleurs je me suis arrêtée et il l’a traversé d’abord très lentement, puis de plus en plus vite, attiré par ce magnifique escalier de l’arc en ciel qui l’attendait de l’autre côté. Il s’est arrêté juste avant et m’a fait un salut de la tête et s’est empressé de gravir l’escalier et s’y est noyé.

Au revoir Sushi, profite de ce havre de paix pour te reposer et te ressourcer.