Taiga assise sur son arrière train m’attendait dans l’herbe qui commençait à pousser et à arborer ce beau vert de printemps qui nous rappelle tous les ans la fin de l’hiver et le début du printemps, la renaissance en quelque sorte. Je lui ai expliqué que sa gardienne m’envoyait vers elle pour lui donner des messages et lui poser des questions.

J’étais à ses côtés lorsqu’elle t’a écrit cette lettre, c’était un moment très difficile pour elle et en même temps un peu libérateur. J’ai ressenti le changement d’énergie une fois qu’elle avait terminé son courrier. Je lui manque toujours autant et ses souffrances sont toujours aussi vives, mais elle a réussi à en parler et lâcher un peu prise avec ses douleurs qui la plombaient et l’oppressaient.  Elle est toujours dans les regrets et ma présence physique lui manque toujours autant, mais elle a pu les exprimer et cela lui fait du bien.

A moi aussi, car je sais qu’après notre échange tu m’aideras à faire le passage et je pourrai enfin rejoindre le paradis des animaux. Ici ce n’est plus ma place et je puise dans son énergie. Moi je ne peux me reposer et me ressourcer et elle ne peut pas faire son deuil.

Dis-lui de ne pas culpabiliser, j’étais sur mon chemin et j’avais préparé mon départ depuis presque un an. J’ai eu la chance de vivre des années de pur bonheur avec elle, c’était ma maman, j’étais sa fille, sa petite fifille et j’avais une mission de vie auprès d’elle. Celle-ci s’est terminée et j’ai pu préparer mon départ, car nous les animaux ne pouvons rester que quelques années avec vous, et si nous voulons vous revenir pour une nouvelle mission, il faut faire un passage au jardin des animaux pour nous reposer et nous ressourcer.

Ma mission consistait à la protéger, à lui permettre aussi de se connecter à son petit enfant intérieur lorsqu’elle me câlinait. En me nourrissant de tendresse, c’est elle, son petit enfant intérieur qu’elle nourrissait. Et si elle est d’accord pour qu’on se retrouve, la réincarnation ne faisant pas partie de ses croyances, je lui reviendrai avec la mission de l’aider à avancer sur son chemin et sa vie spirituelle.

Dis-lui que je savais que c’était ma dernière nuit, mais que seul mon corps physique y était. Moi j’étais sorti de mon corps depuis quelques jours pour supporter les douleurs. J’ai bien compris qu’elle espérait que cette perfusion me permette de rester en vie quelques semaines, mais mon âme aspire à remonter pour me reposer.

Ici je ne souffre plus, je ne ressens plus aucune douleur, mais ce n’est pas ma place. Tant que je puise dans son énergie, elle ne peut faire son deuil et elle se sent vide. Elle est dans la tristesse et n’arrive plus à avancer. Dis-lui que je l’aime et que je veux retrouver ma maman d’amour, que pour cela un passage là-haut est nécessaire, et que après on pourra continuer notre belle aventure.

Je n’ai que des bons souvenirs de ces 15 ans et ne peux rien lui reprocher. Elle a toujours été, même pendant les périodes difficiles pour elle, à la hauteur de ce qu’une fille peut attendre de sa maman et je n’ai absolument aucun reproche ou doléance à formuler. Au contraire, beaucoup de mes congénères peuvent se souhaiter une vie de chien comme la mienne.

Je vais lui transmettre tes messages et tes réponses Taiga, es-tu à présent prête pour partir ?

Je le suis.

Elle est venue à mes côtés et nous sommes parties toutes les deux sur ce magnifique chemin de lumière qui s’ouvrait à nous. Arrivées au pont des fleurs, elle m’a dit :

Ils sont là, ils sont tous là (d’autres congénères) et m’attendent pour traverser le pont. Merci à toi de m’avoir accompagnée jusque-là et merci à ma maman adorée de t’avoir envoyée vers moi. Dis-lui qu’il me tarde de la retrouver, qu’elle doit à nouveau ouvrir son cœur et m’accueillir de nouveau.

Puis elle s’est noyée dans la lumière. Paix à ton âme Taiga.