La rencontre avec Vega s’est faite au bord d’une route. Il était assis le regard triste, perdu, comme si on l’avait scotché, fixé à cet endroit. Je me suis approchée doucement de lui, me suis arrêtée à une distance respectable et l’ai appelé plusieurs fois par son nom avant qu’il ne lève la tête vers moi, le regard avait changé d’expression et je pouvais y lire de l’espoir et de la curiosité. Je me suis présentée et lui ai dit que son gardien me chargeait de lui dire qu’il l’aime très fort, que son départ laisse un vide et une douleur énormes dans son cœur et son appartement et qui restera certainement jusqu’à la fin de ses jours, et que j’avais des messages à lui transmettre et des questions à lui poser :

– J’aimerais savoir ce qui lui est arrivé de quoi il est mort sur la photo il y une grosse plaie sur le thorax lui a ton fait du mal 

– était il tombé dans une bouche d’égouts et il reste coincé sous terres les premiers jours ? car le son collier gps indiqué des positions qui n’étaient jamais cohérentes 

– pourquoi n’est-il pas rentrer ? Comme la pour sa 1 er fugue il avait la possibilité et la connaissance des lieux (porte d entré, garage a voiture jardin des voisins) on se promenait tout les soirs autour du bâtiment 

– c’était son choix de partir pour ne plus revenir ?

– pourquoi pleurait il tous les soirs ( toute les nuits jusqu’au petit matin)  était-il malade (psychologiquement) ou malheureux avec moi?

– comment peut-on tourner le dos (à son gardien) avec tout l’amour que je lui ai donné les meilleurs soins , meilleures alimentations)

– on dit que les chats partent quand ils ont accomplis leurs missions auprès de leurs gardiens Vega a t’il accompli sa mission ? Si oui quels était sa mission?

– y t’il des chances que nos chemins se croisent à nouveau dans cette vie.

 

Vega, jusque là le regard curieux, s’est empressé de venir à côté de moi pendant que je lisais les missives de son gardien, et lorsque j’avais terminé, il  m’a dit :

Pardon, pardon, mea culpa je me sens si triste, j’ai tellement de honte et de chagrin de t’avoir infligé toutes ces souffrances. Ne le prend pas pour de l’ingratitude, si je me suis sauvé, que je ne me suis jamais laissé attraper, si je ne suis pas revenu, ce n’était pas possible pour moi, du moins pas pour tout de suite. J’étais un chat de type sentinelle et ma mission consistait avant tout à protéger le lieu, les extérieurs et tout le quartier. J’avais besoin de sortir et de faire le travail, et de rester dans cet appartement malgré tout l’amour que j’ai pour toi, a été pour moi mission impossible. Il me fallait sortir coûte que coûte au détriment de ma vie et tu l’as bien compris. Les énergies ici ne sont pas top et il y avait du travail, impossible  de remplir ce rôle avec mes petites promenades du soir, et lorsque j’ai eu peur à cause de cette voiture, lorsque je me suis échappé, c’était pour faire mon travail, pour remplir mon rôle et ma mission dans cette incarnation physique.

Si je suis arrivé chez toi avec cette tâche à accomplir, c’est parce que toi aussi tu œuvres pour cette cause, que tu es très sensible aux énergies et que tu as par-dessus tout compris que j’avais besoin de sortir, déjà pour me nettoyer énergétiquement avec la terre, mais aussi pour transmuter un tas d’énergies qui te sont propres. L’appartement pour commencer et tout l’immeuble mériteraient un sérieux nettoyage. Lorsque le soir arrivait j’avais besoin de sortir pour faire mon travail, c’était viscéral pour moi, rien à voir avec toi, je n’étais pas malheureux, au contraire, choyé, câliné et respecté, j’aurais aimé et j’ai essayé de remplir et faire un autre travail auprès de toi, j’ai essayé de t’apprendre le détachement affectif en devenant timbre-poste et te suivant partout comme un petit chien, mais ma mission était prioritaire et j’avais du mal à rester cantonné entre les murs. Ce n’était pas vraiment mon choix, c’était une obligation pour moi de faire ce que j’étais sensé faire et tu sais on ne peut pas échapper à sa mission.

Je ne t’ai pas tourné le dos, j’ai vécu des moments extraordinaires avec toi et j’ai connu des moments de bonheur merveilleux. Je t’aime et je suis si triste pour le mal que je te fais, pardonne-moi, tu m’as tant donné et je comprends ta grande souffrance, mais il faut que tu saches que je suis relié à Dieu,, à la source et que lorsqu’on nous envoie pour une cause, nous nous devons d’accomplir ce travail au sacrifice de notre bien-être et de notre vie. Et  si l’on m’a envoyé chez toi c’est parce que l’on savait que tu me donnerais les moyens de le faire en me sortant et m’accompagnant tous les soirs.

Le soir de ma fugue il y a eu ce fâcheux incident, et je suis parti parce que j’ai eu peur et ne suis pas revenu parce que j’avais à faire, et on peut dire que je n’ai pas eu de chance. J’œuvrais souvent dans la rue et tous les quartiers autour, j’avais trouvé dans la journée surtout des refuges pour me reposer et me ressourcer, des caves, des garages, mais aussi des endroits assez particuliers où l’on peut se cacher et être tranquille, se sentir en sécurité. Quelques jours avant mon grand saut j’ai eu le malheur de rentrer dans un endroit, qui je l’avoue, ne m’inspirait pas confiance, et je me suis empalé sur un objet et me suis blessé au niveau du thorax. Ce n’est pas un humain qui m’a fait du mal, c’est moi en sautant d’un toit dans un endroit désaffecté, qui me suis fait très mal.

Je suis resté longtemps entre deux, allongé sur le côté et j’avais faim et j’avais mal. Ce collier autour de mon cou me gênait, j’avais maigri et il tombait et me frottat la peau, j’ai mis beaucoup de temps à essayer de l’enlever en le tirant par-dessus ma plaie, mais impossible de m’en défaire complètement. Il est resté coincé au niveau de mes pattes arrières. C’était un accident, un stupide et violent accident qui m’a retenu longtemps dans cet endroit, j’avais soif, très soif, la soif me tenaillait encore plus que la faim, et je savais que pour moi c’était fini, j’étais depuis tout ce temps dans mon corps astral et je savais que je ne pourrais plus réintégrer mon corps physique.

Oui j’ai fréquenté des bouches d’égouts aussi, ce qui explique que tu ne pouvais pas me trouver, mais sache que ce collier, ce système n’est pas fiable et que parfois je me trouvais juste à quelques mètres, mais je ne pouvais pas rentrer avant d’avoir terminé de nettoyer le lieu.

Mon départ si tragique t’a beaucoup choqué et tu ressens un désarroi profond face à l’affection, à tout l’amour que tu m’as donnés, et je te suis encore une fois  très reconnaissant de ce que tu fais pour moi, car je n’avais pas préparé mon retour dans l’au-delà, ce n’était pas prévu, et cela rajouté à ta grande détresse, à ta souffrance, ta culpabilité de ne m’avoir trouvé plus tôt, m’empêchent de suivre le chemin qui me mènera à la lumière. J’ai mis mes dernières forces dans la volonté de me traîner jusqu’à toi, devant ton immeuble, mais je n’y suis plus arrivé. J’espérais, je voulais que tu me trouves pour m’aider à faire le passage, mais aussi pour que tu ne t’acharnes plus et arrêtes tes recherches.

Je suis si désolé pour toi et je m’en veux de t’avoir fait tant de mal. Sache que je suis relié à toi, tu es mon papa et j’étais ton bébé, ton petit garçon et le resterai où que je sois. Sache aussi que même si mon enveloppe corporelle n’est plus, mon âme est éternelle, elle perdure et ce départ précipité, ce départ tragique me permettra de te revenir lorsque tu auras fait ton travail de deuil, dans le corps d’un petit chat qui aura cette fois-ci la mission de chat timbre-poste pour t’apprendre le détachement affectif, t’apprendre à aimer d’une manière fluide sans dépendance ni codépendance, ni peur de perdre ceux qu’on aime.

Je n’avais pas prévu de ne plus te revenir et cette séparation nous donnera la chance de nous retrouver et de pouvoir rester auprès de toi et revivre tous les bons moments passés ensemble, avec la joie d’être liés par une mission que je remplirai auprès de toi. Tu as besoin de moi et de ma présence à tes côtés, et lorsque j’aurai rejoint ce haut-lieu magique, je pourrai me reposer, me ressourcer et me réparer, et toi tu te sentiras apaisé et tu pourras faire ton travail de deuil.

Et lorsque tu te sentiras prêt à me reprendre et te mettras à ma recherche, je me mettrai de nouveau sur ton chemin. Je t’aime très fort, ne doute pas de mon amour et pardonne-moi mes écarts, cela n’a rien à voir avec toi, tu l’as bien compris maintenant ; Garde la foi en toi, en moi, en Dieu et en l’univers et nous aurons la chance de nous retrouver et de reprendre notre belle aventure ensemble.

Je t’aime et je suis maintenant pressé de faire le passage pour rejoindre le jardin des animaux et te remercie de m’avoir envoyé cette gentille personne pour m’accompagner. Je t’en suis si reconnaissant, beaucoup de gratitude à tous les deux.

Puis tous les deux nous avons emprunté un chemin de lumière qui s’est ouvert à nous au fil de nos pas, et lorsque je me suis arrêtée devant le pont des fleurs, il l’a traversé très rapidement et s’est noyé dans la belle lumière de l’escalier de l’arc en ciel. Au revoir Vega, paix à ton âme. Repose-toi et ressource-toi et à bientôt.